2013-05-27

SOLEIL NUMERIQUE

 
Tout tourne autour de ce soleil numérique

Le numérisme est devenue une sorte de religion pour les uns, une drogue pour d'autres, un outil trivial, mais magique pour les presqu'athées. Et pour les païens une technologie prométhéenne. Ce serait pour les Incas l'effet même du dieu Soleil. Il réchauffe nos psychés, ou les désole s'il ne se manifeste pas sur nos écrans fidèles et impatients. Nous sommes devenus une planète du Soleil numérique: e-earth, comme nous appellent les prêtres de cette nouvelle foi. Notre Voie lactée ruisselle d'étoiles numériques que guettent les orpailleurs.
Soleil d'or? Soleil bleu ? Soleil dont l'éclat noir nous aveugle? L'astrophysicien-poète Hubert Reeves dit que nous sommes "fils des étoiles". Homines numerici.  Et ce n'est que le début d'une puissante mutation binaire.
Lorsque les hommes créent un dieu, c'est qu'ils en attendent quelque chose. Quelque chose d'important, de fondamental, qui concerne leur origine ou leur destin.
De ce nouvel astre divin, nous, les païens, attendons la réalisation de notre instinct de puissance. Pour recréer le monde à notre image. Les monothéistes lui délèguent leur intelligence, leur âme et en attendent leur salut personnel et des promesses de paradis dans l'autre monde, le virtuel, comme ils ont toujours fait. Les postmodernes, qui ne croient plus à rien, n'en attendent que jouissance immédiate ou résignation.
La mythanalyse du numérique est un grand sujet d'analyse des paramètres de l'aventure humaine.

2013-05-26

L'illusionnisme numérique


Nous adorons l'illusionnisme numérique. Comme le dit Georges Lewi (Les nouveaux Bovary. La génération Facebook. L'illusion de vivre autrement, édition Pearson, 2012), nous recherchons un paradis artificiel ailleurs, sans les difficultés et frustrations du monde réel, où tout se fait sans effort, où nous pouvons avoir des milliers d'amis, nous agréger avec 26 autres millions de fans sur la page Facebook de Coca Cola, avoir des aventures sexuelles, boire du petit lait numérique dans le chant des oiseaux. Un infantilisme généralisé de notre époque de consommation ludique. Mais le réel est bien là. Plus difficile, mais plus extraordinaire, à conquérir dans une aventure réelle. Le jeu et l'illusionnisme numérique, c'est pour les enfants et les adolescents immatures.
Je ne veux rien enlever à l'efficace magique du numérique et à son pouvoir de transformation du monde réel. Mais il ne faut pas confondre cette puissance du numérique que nous pouvons mettre au service du progrès humain, avec ces bulles d'eau sucrée de Facebook-Coca Cola ou cet étalage de bonbons où s'aliènent les débiles illusionnés. Lorsqu'on prend ses illusions pour la réalité, cela se termine souvent mal; Relisez le Madame Bovary de Flaubert. Georges Lewi a raison de dénoncer les marchands d'illusions.

2013-05-25

Le logo de Apple - mythanalyse


La nouvelle pomme de la connaissance porte la marque de la morsure humaine. Le vieux mythe biblique génialement réactivé. Une pomme Macintosh diabolique? L'offre d'une femme? Le fruit défendu et le péché originel? Séduisante, en tout cas. D'une actualité fulgurante. Et la tentation semble irrésistible. Le génie de Apple est là.
Une illustration évidente des analyses du mythologue Georges Lewi (Mythologies des marques, Pearson, 2009).

2013-05-24

contre-édition


Serge-André Guay, le président-éditeur de la Fondation Fleur de Lys, a lancé récemment le concept intéressant de contre-édition, en référence à la contre-culture des années 1960-70.
Actif depuis longtemps - il va fêter fin 2013 ses dix ans de création, il représente au Québec un acteur important de divergence dans l'industrie du livre. Il a eu le temps d'évaluer les divers scénarios, de réfléchir au copyleft, de s'adapter, d'assumer la complémentarité entre livre en ligne et impression papier. Il faudra bientôt lui rendre hommage pour son activité d'éditeur et de libraire en ligne persévérant. N'étant subventionné par aucun gouvernement, sans but lucratif, il a construit la Fondation comme  "une communauté d'auteurs et de lecteurs à frais partagés": un nouveau modèle d'affaires, dont la divergence rencontre évidemment des limites économiques, mais assure aussi l'existence.
Il faut aussi le situer par rapport au courant actuel de la "culture libre", qui revendique une vision nouvelle de la vie culturelle, et dont je citerai ici la définition, telle qu'elle est publiée dans Wikipedia:

La culture libre est un mouvement social qui promeut la liberté de distribuer et de modifier des œuvres de l'esprit sous la forme d'œuvres libres par l'utilisation d'internet ou d'autres formes de médias. Le mouvement de la culture libre puise sa philosophie de celle du logiciel libre en l'appliquant à la culture, dans des domaines aussi variés que l'art, l'éducation, la science, etc.
Les mécanismes juridiques des licences libres dédiés à la culture sont également inspirés du logiciel libre ; l'utilisation des licences art libre ou Creative Commons a ainsi permis l'émergence de la musique libre et de l'art libre.
La culture libre défend notamment l'idée que les droits d'auteurs ne doivent pas porter atteinte aux libertés fondamentales du public. Elle agit, entre autres en utilisant de façon détournée les monopoles accordés par les droits d'auteur, à travers des licences libres, cela afin d'autoriser précisément les usages que ces lois proscrivent par défaut.
Nous voilà donc face à un débat. Serge-André Guay insiste dans le site de la Fondation sur la définition du droit d'auteur, en édition numérique, comme en édition papier; il mentionne même les droits qui s'appliquent pour les photocopies et la lecture dans les bibliothèques. Contrairement à la position radicale de la culture libre, il défend la rationalité de son modèle économique, et prouve depuis dix ans son réalisme. La contre édition, comme la contre culture est économiquement réaliste et a pu rencontrer de grands succès commerciaux!
Je n'en dirai pas autant des les licences libres type wiki et creative commons, qui ont certes aussi des vertus évidentes, pour d'autres usages, dont je suis le premier à faire usage, mais qui ne peuvent prétendre à aucune autonomie économique et demeurent donc sous la dépendance de donations, ou de sources alternatives de revenus pour ceux qui s'y dédient. L'exemple de wikipedia relève de la beauté d'une utopie partagée. La philosophie de la culture libre reconnaît objectivement, mais célèbre abusivement l'usage actuel du copier-collé, du mixed media, de l'hybridité de la culture, de ce melting pot de culture liquide où chacun plonge sa cuillère à soupe sans respect d'aucune propriété intellectuelle, ce qui est euphorisant, mais qui a aussi ses effets pervers, parce que sa généralisation ruinerait les industries culturelles et le droit légitime de tout créateur de vivre, même mal, de son travail, ce que je n'accepte quant à moi qu'à-demi, car le prix à payer est souvent trop élevé.
Ce sont donc deux divergences divergentes.Bref, ça bouge dans l'édition. Et plutôt que d'y voir les affres d'une crise (réelle pour beaucoup d'éditeurs traditionnels), nous en soulignerons plutôt les nouvelles vitalités.
On pourra consulter le site de la Fondation Fleur de Lys à:
http://editionfondationlitterairefleurdelys.wordpress.com/

2013-05-21

Ontologie de la divergence : déterminisme, hasard, risque, prédiction, incertitude, singularité et dissociation



 La vie, la mort, l'art, Tweetart, 2013

Notre époque de bouleversements multiplie les inductions statistiques, les algorithmes créatifs, les déductions futuristes, les techno-prophéties, théorise les catastrophes et les logiques floues, modélise le chaos, invoque les singularités et n’en peut plus, dans son immense anxiété, de tenter de prévoir le futur. Hypnoptisée par le principe d’incertitude d’Heisenberg, elle s'épanche en monstres de jeux vidéo, romance les apocalypses, scénarise les mutations biologiques et les dérives de la matrice. L’être, l’étant, l’existant, le probable entrent en collision avec l’impensable, qui pourrait nous imposer sa loi. Bref nous revoilà en pleine métaphysique, mais déjeantée, raisonnant sa déraison et hypostasiant ses peurs biocosmogoniques en enfers mythiques. Nous pensons être happés par des spirales, des vortex, des accélérations plus puissantes que nous. Nous craignons d’être rapidement confrontés en temps réel à ces immenses menaces, où une élite posthumaniste croit plutôt percevoir le mur du futur, aussi mystérieux que les trous noirs des espaces sidéraux, mais dont ils nous annoncent les nouvelles promesses. Nous cherchons fébrilement les joysticks de notre grand combat final.
Dans ces dérives métaphysiques à grand spectacle, dont la peur numérique de l’An 2000 nous a récemment donné l’exemple délirant, il ne faut pas s’étonner de reconnaître de nouvelles déclinaisons de nos peurs primitives face à la noirceur archaïque de la nuit.  Nous sommes plongés dans un nouveau moyen-âge, celui que secrète paradoxalement notre soudaine puissance technoscientifique. Et ce sont bien les gourous du numérique qui en agitent les épouvantails. Allons-nous devoir choisir entre les enfers et le paradis du numérique ? Les prédictions varient selon les chamans algorithmiques.
Ce n’est pas sans un malin plaisir que je vais remettre les choses à plat. Sans ressasser les débats éculés sur le hasard et la nécessité, ni pérorer sur les modélisations très légitimes et pertinentes qu’étudient les spécialistes des catastrophes, ou sur les calculs de risque dont les compagnies d’assurances sont devenues les champions toutes catégories, je donnerai plus d’attention au « mur de la singularité » dont on nous reparle sans cesse, et qui a même donné lieu en 2008 à la fondation d’une Université de la Singularité, bien sûr en Californie, financée par des déesses du cybermonde et de la finance : Google, Nokia, Cisco, Autodesk et la NASA. La singularité n’est qu’un mot-écran désignant notre incapacité à penser rationnellement la peur ou la rédemption du futur. Cette singularité reculerait devant nos pas comme l’arc-en-ciel, si l’ingénuité positiviste de Ray Kurzweil n’avait pas déduit de la loi de Moore sa date, évidemment prochaine, en 2026. En termes de mathématiques, ce concept de singularité désigne depuis plus d’un demi-siècle une limite de nos arabesques programmatiques, au-delà de laquelle Alan Turing, Irving John Good ou Carl Sagan jugeaient devoir rendre les armes, tant les complexités des calculs de plus en plus abstraits les dépassaient et aboutissaient hors de toute préhension réelle.
Mais du point de vue métaphysique – car ce concept en relève évidemment -, la singularité n’est qu’un fantasme sur lequel fabuler sans restriction, ou un simple lieu-commun qui s’énonce clairement comme suit : nous sommes incapables de penser le futur au-delà des limites de notre cerveau et de nos connaissances.
Tous ces concepts métaphysiques n’ont rien de commun avec la théorie de la divergence. La divergence est humaine. Elle n’est ni cosmologique, ni déterministe, ni mathématique, ni prédictible. Bien sûr, elle ne repose pas sur un algorithme prédictif, puisque elle rompt précisément avec toute programmation, toute simulation. On ne saurait introduire le concept de divergence dans les modélisations météorologiques, économiques ou autres : elle s’écarte des modèles établis etpar définition même, elle n’est pas modélisable.
La divergence naît d’une volonté humaine, d’un rejet, voire d’une rébellion, et d’un engagement aventureux, qui n’exclut cependant pas les hasards du bricolage et des tâtonnements. Son interprétation déterministe ne peut s’énoncer, éventuellement, qu’après-coup, jamais avant. Et elle inclut à tout coup le risque humain, individuel et collectif. Elle est une aventure créatrice de ce qui n’est pas encore pensé clairement et distinctement, et encore moins démontrable a priori. Elle explicite une dysfonction du système établi. Un exemple, un seul, mais séduisant, pour illustrer clairement ces propos : l’invention de l’impressionnisme.
La divergence est l’exemple même du principe d’incertitude de Heisenberg.

2013-05-16

Das Ende der geometrischen Welt




                                                    la fin du monde géométrique
                                                       the end of the geometrical world
                                                              se acabo el mundo geométrico
                                               das Ende der geometrischen Welt

                                        surgit un monde événementiel 
                                                     an eventful world rises
                                      un mundo de eventos surge
                                      ensteht eine Welt von Ereignissen

                                                                      en liens et ruptures
of links and ruptures
                                                          de enlaces y rupturas
         von Verbindungen und Abbrüchen 

2013-05-14

Guerre et paix numériques






Depuis les guerres napoléoniennes contre la Russie que décrivait Tolstoï dans son célèbre roman Guerre et paix, les technologies militaires ont changé du tout au tout. Oubliez les chevaux et les boulets de canons : nous sommes passés au numérique. McLuhan l’a souligné : c’est la guerre qui fait le plus progresser les technologies. Ce fut vrai avec la maîtrise du feu, puis du fer. Il en est de même aujourd'hui avec l’âge du numérique.
On a pu comparer les guerres actuelles à des jeux vidéo. Le général américain Schwarzkopf, responsable des opérations lors de la première guerre contre l’Irak, avait lui-même fait la comparaison lors d’une entrevue à la télévision et évoqué les militaires commandant à distance, à partir des États-Unis, les opérations sur le terrain, quasiment avec des joysticks. On sait d’ailleurs que l’entraînement des soldats se fait, comme celui des pilotes d’avion, avec des écrans de simulation et des consoles de jeux vidéo. Ils sont éventuellement équipés d’exosquelettes capables de décupler leurs forces physiques et de prothèses numériques leur permettant d’être branchés en permanence entre eux et avec leur commandement, de voir la nuit et de détecter des déplacements d’objets ou d’être humains cachés (vision intelligente et global positionning systems), etc. On utilise des drones espions, qui sont des avions sans pilote, télécommandés, qui prennent des photos ou qui bombardent, et on imagine déjà des guerres menées sans humains, par des soldats-robots. 
Les guerres sont aussi des guerres de communication. L’internet a été d’abord développé par les militaires américains pour construire des réseaux de communications afocaux que l’ennemi ne pourrait pas détruire. On utilise désormais des satellites espions permettant une surveillance globale des communications ennemies (le réseau Echelon, mis en place dès les années 1990 par les Américains et les pays du Commonwealth, et son pendant européen Galileo). Il s’agit notamment de surveiller touts les messages sensibles en les scannant et de satisfaire ainsi aux demandes d’intelligence des services secrets. Face aux menaces terroristes, ces infrastructures de cybersurveillance militaire et même civile (Patriot Act) ont été puissamment renforcées. Lors de la guerre de Yougoslavie de 1999, les Américains ont utilisé des bombes au graphite pour brouiller les communications ennemies, notamment au-dessus de Belgrade, et rendre ainsi les états-majors serbes inopérants. 
Les hackers professionnels sont désormais au service des Chinois, des Russes et des Américains, qui s’envoient secrètement des virus, des logiciels espions, et s’efforcent en permanence de déchiffrer les mots de passe des armées ou des réseaux électriques, soit pour s’y introduire, soit pour les paralyser. Cette cyberguerre est devenue permanente; et elle a été par moments très virulente. Les bunkers de béton armé de la deuxième guerre mondiale ont laissé place aux Firewalls sophistiqués des réseaux numériques actuels, que les adversaires tentent sans interruption de percer. Nous sommes désormais à l’âge de la i-Defense et de la guerre électronique. Le sujet est inépuisable et les technologies en constant développement.
Nous n’avons parlé que de guerre. Et la paix? Bénéficie-t-elle, elle aussi, des progrès du numérique? Sans doute la parité des capacités numériques de chaque grande puissance assure-t-elle une sorte d’équilibre, comme celle des armes nucléaires. La dissuasion numérique existe, chacun se sentant vulnérable à l’autre. Mais en termes de paix, le numérique est manifestement aussi un outil de démocratie, de développement et d’éducation de plus en plus efficace. Les organismes humanitaires, qu’ils se consacrent à la défense des droits de l’homme, aux luttes écologiques, ou à l’aide aux populations démunies, recourent de plus en plus au numérique et en tirent une efficacité nettement accrue. Les laboratoires biologiques ne servent pas seulement à amasser des armes biologiques – théoriquement interdites -, mais aussi à développer des médicaments et des vaccins. Mais même en incluant la médecine dans les activités humanitaires, même en comptant l’UNESCO et les Nations Unies dans leur ensemble, qui oserait penser que les investissements dans le numérique pour la paix comptent pour beaucoup, alors que ceux pour la guerre engloutissent des milliards. Il faut être un optimiste convaincu pour croire que cette sinistre proportion évoluera peu à peu en faveur d’un âge du numérique pacifiste. L’horizon de cette divergence nous paraît encore éloigné à l’infini. La paix demeure une conquête plus difficile et incertaine que celle du numérique, même si elle serait pour l’humanité un bienfait infiniment supérieur au progrès technologique lui-même. L’algorithme de la paix reste à inventer. Il nous faudrait... une volonté numérique, mais sans devenir des cyborgs! Mais le jour viendra où nous y parviendrons, avec nos cerveaux d’hommes. 

2013-05-12

Un futur Quick Response





Le mouvement Fluxus, John Cage, Robert Filliou et tant d’autres, prônaient de rapprocher l’art et la vie. Au point de ne plus les différencier. Leur influence a été immense et durable.
Il faut expliciter cette idée en mentionnant la philosophie qu’elle implique. L’art est cosa mentale, disait Léonard de Vinci. La vie aussi se pense et se construit. Le futur aussi est cosa mentale.
Mais aujourd’hui le temps change vite. Le monde vibre. Ses oscillations s’accélèrent. L’humanité précipite tant le pas, qu’elle doit donc aussi inventer rapidement les réponses qu’exigent les nouveaux défis qu’elle se lance à elle-même. Nous ne vivons plus tant dans le réel, que dans le possible, dans une virtu-réalité.
J’ai donc actualisé le célèbre tableau suprématiste Carré noir sur fond blanc de Malevitch qui osait en 1915 nous annoncer la mort de la peinture. J’y ai inséré le code barre qui lie l’art, la philosophie et la vie dans un engagement pour un futur Quick Response. On ne peut plus s’en remettre aux idées et aux recettes traditionnelles. Il nous faut désormais penser dans l’urgence. Et ce n’est pas le moindre des risques qui s’annoncent. Car le futur diverge. De plus en plus soudainemen. Et nous lance des défis. Mais il ne faut pas se laisser prendre aux apparences. Le futur n’est pas un esprit malin et mystérieux qui erre ou nous impose ses caprices. Ce sont les hommes qui décident de ce que sera le futur.  De fait, c’est l’humanité qui diverge et qui doit être à la hauteur de ses propres audaces.
Quoiqu’en disent les postmodernistes désabusés, le formule demeure vitale : Souviens-toi du futur ! Il sera ce que nous en ferons.

2013-05-11

Journée de pluies



L'informatique nuagiste a contaminé la météo. Voilà une journée de pluies numériques. Pas de bicyclette. J'irai au cinéma et revoir L'or du Pérou au Musée des beaux-arts de Montréal. Le soleil et la lune s'y partagent le ciel des Incas.

2013-05-10

Théorie de la divergence

                            
  Divergences, peintures acryliques sur toile, 2004 

  Personne ne nous libérera jamais de notre liberté

Le rythme de l'évolution de notre espèce est devenu prodigieux. Personne ne nous libérera jamais de notre liberté. On comprend que des gourous nous imaginent bientôt en cyborgs. Comment allons-nous nous adapter à cette accélération de notre révolution anthropologique? L'inertie de notre linéarité s'évapore. Toutes les directions s'ouvrent et virevoltent. Notre esquif spatial a-t-il encore une quille? Il ne s’agit pas de cartographier les cartes des espaces inconnus vers lesquels nous fonçons. Il s’agit de dessiner les territoires nouveaux que nous concevons. L’immense difficulté tient au fait que nous les concevons souvent à notre insu, n’ayant pas vraiment pris la conscience précise des conséquences pour demain de ce que nous décidons aujourd’hui. Le progrès technique nous a conduit à la maîtrise d’une telle puissance instrumentale que l’homme ne peut plus s’en remettre à un prétendu destin et invoquer la miséricorde de Dieu ou d’Allah, même si nous entendons encore chaque jour cette vieille ritournelle. L’homme d’aujourd’hui est face à sa liberté, qui est un chant nouveau. Et il faut aller jusqu’au bout de cette affirmation. Comment la maintenir, alors que sociologie et mythanalyse tendraient plutôt à la relativiser. Parce nous démystifions tout autant les archétypes de Jung ou les invariants de Lévi-Strauss que les monothéismes. On ne saurait croire plus aux universels qu'à un Dieu, qui ne sont que des aliénations résiduelles des religions et des conquêtes militaires de notre histoire passée. N’est-ce pas alors une totale contradiction que de maintenir envers et contre tout l’adhésion à l’idée de progrès? Serais-je de ceux qui croient encore, comme la plupart des hommes, à des forces supérieures. Il est vrai que nous avons tous en commun cette expérience du nouveau-né dont la totale dépendance a inévitablement structuré le psychisme dans ses émotions et la structure même de sa logique. C’est ce que nous rappelle la mythanalyse, dont j’ai énoncé les fondements théoriques dans La société sur le divan (2007). Mais nous ne réagissons pas tous de la même façon à cette situation de faiblesse initiale. Les uns pensent devoir définitivement se soumettre à leur destin et cultivent le fatalisme, tandis que les autres se rebellent et cherchent leur liberté. Destin et liberté sont deux croyances opposées, deux mythes, aussi bien d’ordre individuel que collectif. Le fatalisme n’est pas une sagesse, pas une modestie, mais une impuissance, qui s’exprime culturellement dans une soumission aux dieux. On la reconnaît dans le mythe biblique et notamment au cœur de l’islam. La liberté, au contraire, est toujours divergente et audacieuse. Elle triomphe dans le mythe grec de Prométhée. Elle vole le feu des dieux. Le débat est clair : soit l’homme croit en un dieu, soit il croit en lui-même. Le progrès n’est pas une croyance ingénue, mais une volonté humaine dans laquelle on veut persévérer. C’est en ce sens qu’il devient une option qu’on adopte et un mythe qu’on invente pour l’opposer au fatalisme. Nous ne savons pas penser en dehors des mythes. Toute pensée tend à la magie. Mais entre les mythes, bons et mauvais, il faut savoir choisir et inventer ceux qui nous ouvrent des voies meilleures. L’homme du passé a été généralement plus fataliste et passif que l’homme de demain, qui s’annonce libertaire et proactif. C’est lui qui décidera de son avenir. L’homme est ainsi passé de la soumission à la maîtrise, de la fatalité à l’aventure. Objet, il est devenu sujet. Individuellement, mais aussi collectivement. L’homme des vallées est monté sur les cimes, dirait Zarathoustra. Mais il n’est pas surhumain. Il est Sisyphe, le jamais fataliste. Il remet sur ses épaules chaque matin une charge qui balance entre le poids des siècles et le désir du futur. Certes, la postmodernité actuelle, telle que la décrit Michel Maffesoli, tend aussi à nous réconcilier avec une vision archaïque, païenne et polythéiste de la nature, y compris humaine. Mais elle implique notre acceptation du Destin, alors que l’âge émergent du numérique diverge manifestement de ce fatalisme, fût-il accepté avec sérénité ou résignation. La construction du monde numérique est manifestement volontariste, créatrice et optimiste. Et puisque la lucidité critique nous oblige à admettre qu’il n’existe ni dieu, ni vérité éternelle, puisque la sociologie et la mythanalyse nous imposent leur relativisme, il ne nous reste plus qu’à constater l’immensité de notre liberté et à reconnaître qu’il ne nous reste plus qu’une seule issue : décider du sens des choses, du sens de notre aventure humaine et nous orienter pour décider de notre futur.