2014-08-01

Limites des hyperliens et donc de l'informatique


Nous pensons principalement par associations d'idées. La rationalité est construite par liens, non seulement par causalité linéaire, mais aussi par configurations en arabesque, qui établissent des relations de sens, qui supposent une cohérence que nous révélons.
A l'âge du numérique nous développons la métaphore des réseaux en hyperliens. Nous naviguons par liens.
Toute l'informatique est basée sur la notion de liens. Les algorithmes sont des procédures qui progressent par liens. Programmer, c'est lier.
Nous élaborons donc beaucoup sur la notion de lien, mais l'univers se construit et se pense aussi par divergences et ruptures.  Penser par saut ou discontinuité n'implique pas nécessairement une situation de chaos. Mais comment penser et nommer l'opposé des liens ? Incohérence ? Chaos ? Rupture? Rejet ? Divergence ? Voilà la question qu'il nous faut aborder.
C'est parce que le concept de liens nous vient de la sphère familiale et amicale, les liens humains, qu'il nous est si familier et coutumier. Et nous avons élargi ce mode de pensée à la connaissance en général, notamment à la logique (qui demeure, selon la mythanalyse, d'origine familiale). Nous rejoignons implicitement ainsi la civilisation chinoise ancienne qui se fondait sur l'harmonie de la nature et de la société, dont l'empereur était personnellement garant, et qui a inspiré la philosophie de Confucius. Pourtant, tous les liens ne sont pas nécessairement harmonieux. Il y a aussi des liens qui  sont des rivalités, des hostilités, des crimes, des guerres. Nous devons donc prendre en compte aussi, au-delà des harmonies et cohérences, une dramaturgie des liens qui inclut les liens négatifs, des tensions destructrices de tout lien.
Et il ne s'agit pas là seulement de la pensée cognitive. Nous faisons par exemple l'expérience, notamment dans nos cauchemars, par nature "décousus", il est vrai, mais aussi dans la vie réelle de menaces. Nous cherchons alors à créer une protection contre ces menaces, à fermer une porte devant des personnes agressives et à consolider cette séparation. Dans la sphère de la morale comme dans celle l'inconscient, nous instituons des seuils, qu'il ne faut pas franchir, transgresser, entre deux espaces, celui qui est normal ou protégé et celui qui nous menace ou qui est sacré. Un lien est constitutif de proximité, de contact. Un seuil peut être encore à la fois un lien et une rupture. Mais une divergence est un non-lien, une séparation radicale.
Nous avons beaucoup pensé et célébré le lien. Mais il nous faut donc aussi apprendre à formuler, nommer et penser le "non-lien". A moins de choisir d'en nier totalement l'existence, ce qui va à l'encontre de la structure dominante de la pensée, qui est fondamentalement un mode de liaison entre des idées, mais qui ne saurait affirmer l'existence de liens sans supposer celle de non-liens, non seulement par éloignement, mais aussi par divergence dans une proximité. Car dire que tout est lien, que tout est lié, c'est ne plus rien dire qui en vaille la peine. C'est ne plus penser distinctement. Notre prochain livre sur "la loi de la divergence" tente précisément de penser cette problématique.
L'accouchement du nouveau-né est l'exemple même de cette expérience, et sans doute plus que cela : le fondement biologique de cette dialectique entre lien, seuil et rupture. La vie et la psyché elle-même se structurent selon ce triple mouvement de lien ( à la mère), de seuil (l'accouchement) et de rupture: la construction de l'autonomie hors de l’utérus. Il faut revenir à cette expérience matricielle pour penser cette dynamique et aborder la question de la divergence.
Mais l'informatique ne peut programmer une absence de lien, qui serait une rupture de son langage. Dans un tel cas, elle échoue (bogue, dysfonction, corruption). Elle ne peut "sauter" à autre chose, dans un vide programmatique, franchir un seuil où tout lien s'efface. Elle ne peut par exemple décrire la mutation physique du passage de l'eau en glace ou en vapeur; elle peut seulement le prévoir, voire le programmer. Et pour suivre l'expérience, elle sautera alors d'un fichier à un autre, sans continuité moléculaire. La pensée humaine, à l'opposé de l'intelligence artificielle, est capable de cette discontinuité et donc d'assumer une pensée divergente par rapport à ce qu'elle a appris et assumé précédemment. La divergence échappe à l'informatique. Et pourtant, non seulement elle existe, mais elle est le moteur de l'évolution humaine. Nous touchons là le fondement d 'une différence radicale que beaucoup de gourous voudraient bien nier, eux qui s'emploient à nous dire que l'informatique va nous conduire au "mur de la singularité", au-delà duquel les ordinateurs continueront à ronronner, tandis que la pensée humaine  se heurtera à ses propres limites physiologiques.
Il y a une divergence radicale entre intelligence artificielle, dont nous devons reconnaître les limites, et intelligence humaine (physiologique et psychique), qui a aussi des limites évidentes, mais qui est capable de diverger au-delà des liens coutumiers.

2014-06-25

Augmented consciousness




Thanks to digital technologies we learn how to use hyperlinks when we navigate on the web and we get access to worldwide information in real time. The Digital Age allows us to get closer to all societies, feel responsibility and share compassion with all members of humanity who are in vulnerability because of natural catastrophes or break down of peace.
We may celebrate the new capacity of digital technologies for offering us “rich media” and "augmented reality" thanks to these multiple hyperlinks giving us complementary information about any historical, social, scientific, cultural data or touristic site. But, even more important, we benefit of what  we should call "augmented consciousness" thanks to these same multiple hyperlinks of the web and social media of our new age. This "augmented consciousness” is awaking a deeper sense of human creativity and ethical social responsibility which we develop collectively. It allows us to discover and appreciate the richness of cultural diversity. It allows us to believe again in human progress. It may sound paradoxical that a binary digital code and electronic technology may create nowadays more consciousness and a planetary ethic, but it is a matter of fact, even if the progress is slow and if United Nations agencies encounter so much difficulty to impose peace and human respect. In a time which sees the triumph of techno-scientific logics and the domination of economical one-way thinking, “augmented consciousness” and planetary ethics should still be considered as the key parameters of the future of humanity.

We may therefore propose the new concept of “hyperhumanism” to express our hope for more humanism thanks to more hyperlinks.

2014-06-14

The new Titans of our time

          Anthropometry of a new Titan, electronic painting on screen, 2014

They are the empowered sons of the XXI century. They have killed fathers and mothers. CyberPrometheus is triumphing,

2014-06-13

CYBER-ANTHROPOMÉTRIES


Cyberanthropométrie , acrylique sur toile, 153 x 92 cm, 2014

Le cyborg, icône de l'âge du numérique, de l'imaginaire des jeux vidéo, de la technoscience, de l'empowerment (l'homme augmenté), prend la relève du nu féminin, si présent dans la peinture occidentale depuis la Renaissance. C'est le mythe de la puissance de l'homme, le fils du père, qui l'emporte sur celui de la mère, que célébraient encore les papiers gouachés en bleu et découpés de Matisse et les anthropométries bleues d'Yves Klein. Le cyborg a tué père et mère. Sous la figure de l'homme hybride, le robot anthropoïde, le cyborg, emblématique du XXIe siècle, incarne le fils triomphant, le nouveau Titan de notre temps.

2014-06-08

La sensibilité, comme la pensée, procède en arabesque


Nous avons beaucoup parlé de la "pensée en arabesque" par opposition à la pensée linéaire du rationalisme classique. Or la sensibilité est elle-même arrimée à la pensée. Je ne l'opposerai pas au jugement esthétique"universel et sans concept" de Kant. Car il n'est pas question ici de jugement, mais seulement de sensibilité, fût-elle spontanée et confuse. Nous savons que dans la "lecture d'une image" l’œil procède à un balayage en arabesque global en fixant son regard sur divers points successivement, avant de scruter plus systématiquement. La lecture globale d'un texte se fait de même par sondage de syllabes et de lettres qui, si elles permettent de reconstituer rapidement le sens, n'exigera pas de lecture linéaire avant de passer à l'ensemble suivant. Même l'écoute de la musique n'est pas linéaire, mais se fait par sauts de groupe en groupe de sonorité. Plus convainquant encore: la lecture d'une ligne droite n'est pas linéaire, mais se fait par sauts de point en point. L’œil semble incapable de suivre de continu linéaire d'une ligne. Le schéma proposé ci-dessus permet de le vérifier: l’œil va de point d'inflexion en point d'inflexion de la ligne et nous ne prêtons attention aux segments intermédiaires qu'au prix d'une attention spéciale, rapidement jugée fastidieuse et inutile.
Autrement dit, la perception procède par points d'arabesque nous permettant de deviner ou supposer immédiatement le contenu des zones intermédiaires. Et lorsque nous passons de la perception à la sensibilité, il en est de même: nous procédons par liens entre les divers éléments perçus, sonores, visuels, tactiles, olfactifs, gustatifs, pour établir une sensation globale dont nous cherchons la lecture, la finesse, la cohérence ou la signification. Toute sensation est d'abord confuse et demande à être définie pour être mentalement interprétée. La perception, la sensibilité, le déchiffrement continus n'existent pas. Ils se constituent par configuration d'éléments ponctuels que nous lions conceptuellement pour en reconnaître la forme ou la qualité connues, le "pattern". La continuité n'est pas une forme constituante de la matière, ni de la perception de la matière. Elle est seulement éventuellement un effort a posteriori pour une perception en arabesque plus serrée.

2014-06-07

Le plaisir


                                            Le plaisir, acrylique sur toile, 92 x 153 cm, 2014

Le plaisir buccal est immense comme un paysage qui se découvre d'instant en instant. Un univers profond, subtil, tactile, aux arrière goûts prolongés, parfois cruels, cannibales. Je prends conscience de points d'excitation, réceptifs de saveurs que je précise mentalement. Je construis mes perceptions gustatives par liens de point en point de mes papilles gustatives, pour en configurer les qualités, et les définir selon ma mémoire ou mes références éventuelles (goût de petits fruits murs, de vanille, acidité, sucre, comme le suggèrent les étiquettes des bouteilles de vin). C'est ainsi que je mange l'univers. Et je vois les couleurs de ce que je porte à ma bouche, le bleu, le violet, le rouge, le pourpre, le vert, qui m'annoncent les saveurs et les textures de ce que je vais ressentir. J'attribue des saveurs aux couleurs (vin blanc, rosé, rouge,  glace verte, sucre blanc, orangeade, crème pistache, rosée, chocolat, bleuets, jaune d’œuf: les couleurs me mangent.

Le NUMERIQUE est devenu la 3e dimension du monde


Ce que Kant appelait les "formes a priori de la sensibilité" n'a pas la pérennité qu'il leur attribuait. En fait, l'espace perd son importance, se rétrécit, devient "intelligent", tandis que le temps, jadis secondaire, accélère, prend le devant sur l'espace, nous cannibalise dans le flux chaotique de ses précipitations. Il nous oblige à nous adapter constamment pour survivre et devient un embrouillaminis d'expériences émotionnelles et éphémères. Cette déstabilisation de la pensée essentiellement spatiale, sur laquelle nous avons bâti le rationalisme linéaire et notre conquête occidentale du monde, bouleverse notre civilisation. Il  met à risque nos valeurs humanistes de la Renaissance, questionne la science autant que la démocratie et pourrait nous replonger dans la pensée magique de l'obscurantisme, car il casse la logique, l'objectivité de la pensée moderne et nous plonge dans une postmodernité sans queue ni tête. Mais en fait, la nouvelle pensée par liens, associations, que nous avons appelée la "pensée en arabesque", est plus proche des réseaux synaptiques de notre cerveau, que nous avions soumis au réductionnisme et à la rigidité de la logique linéaire. Il est donc plus en osmose avec la nature que nous tentons d'interpréter pour mieux la conquérir et nous devrions demeurer optimistes, à condition de maîtriser le postrationalisme qui émerge, ses nouvelles complexités, mais aussi son apparent chaos, sans sacrifier aux valeurs individualistes de la pensée critique, de la liberté et de la justice, au cœur des sociétés de masse qui nous charrient. 

Digital has become the third dimension of the world


Space is becoming smarter and smaller, lousing its importance and structural determination of our human activities. Time is accelerating and demanding a faster adaptation of all of us. Time is becoming evenemential and ephemeral, cannibalizing us in its chaotic flew. Sense, rationality emigrate from the traditional space and time pattern of our sensibility, logic and activity into the digital links and networks. We encounter an anthropological revolution. Kant’s a priori “forms of our sensibility” are disappearing. Spatial stability, on which we had constructed the fundaments of classical lineal rationalism, escapes and gets replaced by digital thinking in arabesque. Again as in former magical thinking, we mainly build the meaning of things on links, experience and emotion. The consequences may be difficult to master and dangerous for masse societies, not to fall in a new obscurantism. We have to learn how to get the best and avoid the worst of this mutation of our relation to the world. Let’s keep optimistic as it meets again more closely the biological structures of our brain connections, which we had submitted to the rigidity of lineal rationalism. We got an incredible power of this reductive discipline. But time has come for building a post-rationalism.  It’s getting more risky but also opening the way for more human power.

2014-05-24

Hyperhumanism




Thanks to digital technologies we learn how to use hyperlinks when we navigate on the web and we get access to worldwide information in real time. The Digital Age allows us to get closer to all societies, feel responsibility and share compassion with all members of humanity who are in vulnerability because of natural catastrophes or break down of peace.
We may celebrate the new capacity of digital technologies for offering us “rich media” and "augmented reality" thanks to these multiple hyperlinks giving us complementary information about any historical, social, scientific, cultural data or touristic site. But, even more important, we benefit of what  we should call "augmented consciousness" thanks to these same multiple hyperlinks of the web and social media of our new age. This "augmented consciousness” is awaking a deeper sense of human creativity and ethical social responsibility which we develop collectively. It allows us to discover and appreciate the richness of cultural diversity. It allows us to believe again in human progress. It may sound paradoxical that a binary digital code and electronic technology may create nowadays more consciousness and a planetary ethic, but it is a matter of fact, even if the progress is slow and if United Nations agencies encounter so much difficulty to impose peace and human respect. In a time which sees the triumph of techno-scientific logics and the domination of economical one-way thinking, “augmented consciousness” and planetary ethics should still be considered as the key parameters of the future of humanity.

We may therefore propose the new concept of “hyperhumanism” to express our hope for more humanism thanks to more hyperlinks.

2014-05-22

Les algorithmes du vivant




Nous interprétons désormais le monde non plus à partir du couple matière/énergie, mais selon des algorithmes, comme si l’univers et la vie étaient d’immenses hypertextes dont nous explorons les liens qui configurent des phénomènes, des lois, des dynamiques et des inerties.
Et dans cet ensemble qui nous englobe, tout est devenu information : des informations que nous déchiffrons, des informations que nous constituons et des informations que nous associons de façon inédite.
Pourquoi alors nous étonner encore des fleurs naturelles colorées artificiellement comme des cornets de crème glacée, des maquillages en tous genres, des lèvres noires ou violettes, des faux ongles, des faux cils, des perruques ou des faux seins. Nous fabriquons aussi bien du sérum et du sang artificiels, des os et de la peau de synthèse, des aortes et des cœurs en plastique, que des textiles en fibre de lait pour les gilets pare-balles, des alliages ultralégers et performants pour l’aéronautique. Nous manipulons les gènes, les chromosomes et les cellules souches. Avec la chirurgie esthétique un énorme marché est apparu, tant sont nombreuses les femmes qui se font remodeler le corps selon les critères esthétiques à la mode. Les opérations de cataracte consistent désormais à implanter des cristallins de plastique dans les yeux.  Nous prétendons ajouter dans les crèmes de beauté des nano particules de tout ce qui peut séduire les consommatrices, et que les prospectus publicitaires déclarent rajeunissants, bioénergétiques, en quelque sorte «magiques».
Le vivant, le réel et l’artificiel se déclinent désormais sans discontinuité, sans  frontière discernable, selon tous les algorithmes des industries militaires, agroalimentaires, manufacturières et culturelles que nous décidons de programmer. C’est ce que j’ai appelé le «nouveau naturalisme». Nous travaillons même dans les laboratoires à synthétiser la vie. Les mutations les plus emblématiques de cette hybridation entre ce que nous nommions il y a encore peu de temps «le réel» et opposions à «l’artificiel» sont certainement celles qui transforment le vivant. Elles transgressent des conceptions et des valeurs qui relevaient de croyances religieuses. Elles s’imposent rapidement, même s’il existe encore des sectes archaïsantes, telles que les Amish qui s’en tiennent à «la vielle nature» et interdisent même les bicyclettes, voire qui refusent les vaccinations et les médicaments industrialisés.
Nous pouvons alors qualifier de «nouvelle nature» cet arrimage étroit dans lequel les éléments dits artificiels, interventions, implants, ajouts, hybridations et synthèses prétendent s’intégrer en douceur à la nature dite originelle, comme une valeur ajoutée et non comme une négation.
Il existe aussi dans l’utopie technoscientifique actuelle une tendance à déclarer obsolète l’écosystème dit naturel, pour lui substituer une combinaison nouvelle, qui relèverait non plus du carbone, mais du silicium et de l’intelligence artificielle. Le cyborg en est la figure cinématographique. Mi chair mi artifice, ce successeur anthropologique de l’homme actuel, doté de nouveaux pouvoirs, nous ferait passer dans une ère totalement artificielle, où la valeur de l’authentique perdrait tout sens et toute réalité, si non pour désigner une lointaine période archaïque de l’évolution humaine.
Nous serions alors des êtres de synthèse dans un univers de synthèse. La «vieille nature» aurait disparu,  ou serait classée «réserve naturelle»,  comme dans «Le meilleur des mondes» d’Aldous Huxley, et peut-être gardée secrète, comme dans le film «Soleil vert» de Richard Fleischer, inspiré du roman éponyme de Harry Harrison (1974). Nous ne serions même plus «biodégradables», comme l’imagine encore le film éponyme du réalisateur de République dominicaine Juan Basanta (2013).
Nous devenons des dieux, ni meilleurs, ni pires que ceux de l'Olympe. Et c'est là une étape qu'il nous faudra dépasser, au niveau de l'éthique.