2020-04-26

l'émoticon de la solidarité humaine


Je l'ai créé pour la plateforme téléphonique du SAMU social international,  avec le soutien de 
Laurence Honnorat



2020-04-04

LA PRESSE ET LA DÉMOCRATIE



Eric Fottorino a suivi toutes les étapes du parcours du combattant pour devenir un grand journaliste, le directeur du Monde et maintenant le co-fondateur de Le N°1 et de plusieurs magazines. Il connaît comme sa poche les problématiques qu'il aborde dans son dernier livre "La Presse est un combat de rue"; éditions de L'aube. Il a accumulé les expériences et aborde toutes les questions qu'on peut se poser au sujet de la perte d'influence des journaux et magazines papier aujourd'hui. Son livre témoigne et fait date d'un momentum historique de l'évolution de nos sociétés. Sa lucidité est aussi grande que sa passion pour le journalisme. Il en témoigne à chaque page de ce livre qu'il faut absolument lire et promouvoir, tant son actualité est brûlante et ses enjeux majeurs. 

La démocratie occidentale est née avec l'invention de Gutenberg et s'est développée grâce à l'apparition, puis à l'immense succès des journaux papier. Va-t-elle péricliter avec leur disparition aujourd'hui de plus en plus menaçante? C'est le fond de la question que pose Éric Fottorino. Et il est décidé à se battre bec et ongles pour que nous en prenions conscience et que nous trouvions comment empêcher que périclitent les journaux et avec eux nos fameux kiosques à journaux, réduits pour survivre aujourd'hui à vendre autant de babioles, bonbons, tours Eiffel et cartes postales que de magazines et journaux. Les chiffres connus, qu'il rappelle et commente, sont un constat désolant. 

La faute à qui? Au numérique? Aux news en ligne, aux self médias que chacun de nous peut  mettre en ligne, aux réseaux sociaux où règnent les émotions, les fake news, souvent les haines, si intenses en France, contre tout? Les rumeurs numériques qui abondent à toute occasion et imposent cet âge de la post-vérité qu'exploitent les populismes de gauche, de droite, et d'opportunisme de médiocrité centriste, et notamment ce Trump pathologique qu'ont élu les Américains pour notre malheur autant que pour le leur? On prévoit aujourd'hui aux États-unis quelques 100.000 morts du Corona virus dont il a nié, fidèle à son style, avec arrogance, la menace pendant des semaines.

Accuser le numérique de tous les maux? Ce n'est pas honnête, ni réaliste Certes, nous sommes aveugles à ses vices menaçants autant qu'à ses réelles vertus. Mais le déclin des journaux papiers a commencé rapidement après l'explosion de leur nombre au lendemain de la Seconde guerre mondiale, bien avant l'émergence du numérique dans les années 1990. Et les médias numériques, quels qu'ils soient, n'ont pas encore trouvé le business plan qui leur permettra eux-mêmes de se développer, voire de survivre. 

C'est le recul simultané de l'influence des intellectuels, des politiques et des journalistes professionnels que nous constatons. La haine des gilets jaunes envers eux tous, qu'ils jugent comme une élite méprisante, tous genres confondus, en a témoigné. Es-ce alors le progrès de la démocratie, dont les chemins sont parfois difficiles, qu'il faut saluer? La montée en puissance du peuple des carrefours contre l'élite bourgeoise qui a capté le pouvoir démocratique? Est-ce une répétition de la Révolution du petit peuple contre l'aristocratie en 1789 qui se répète? On sait qu'elle fut prise en otage et durement réprimée par la bourgeoisie sous le règne de Napoléon 1er et de ses successeurs. Qu'en sera-t-il cette fois? Se diluera-t-elle dans la suite des événements comme la rébellion de Mai 68? Se recomposera-t-elle comme l'envisage Jean Viard (L'implosion démocratique, aussi aux éditions de L'aube).
L'évolution des médias va-t-elle refléter l'évolution des sociétés de classes et individualistes vers le paradigme des sociétés de masses, que nous a annoncées Georges Orwell? 
Ou bien, peut-on espérer que les médias papier vont se réinventer dans leurs vertus spécifiques, comme le fit la peinture après l'invention de la photographie?  Et que les médias numériques, devenus incontournables, comme la photographie le devint, vont parvenir à assurer leur rentabilité, leur régulation et promouvoir une démocratie plus directe, comme le montrent beaucoup de signes chaque jour? 
C'est ce que je crois le plus probable. Nous avons autant besoin des médias papier que des médias numériques pour renforcer la démocratie contre les populismes autant que pour résister à l'émergence du Grand Ordinateur Central, le GOC. C'est la thèse que je défends dans L'Âge hyper humaniste. Pour une éthique planétaire (éditions de l'aube). Je crois à l'émergence d'un tchnohumanisme, à plusse conscience, à une l'émergence d'une "conscience augmentée", planétaire, en temps réel, qui nous imposera le développement mondial de la démocratie un respect grandissant des droits humains universels. C'est après le livre d'Éric Fottorino - dont acte -, vers ce débat qu'il faut nous orienter.


Les chemins de la démocratie sont parfois difficiles
acrylique sur toile, 92x92cm, 2018



2019-08-12

La métaphore quantique



La sociologie évolue dans ses métaphores au fil des mutations des structures de nos sociétés, aujourd'hui de masses. Nous sommes passés de sociétés premières indivises à des sociétés fondées sur la structure conjugale, puis féodales, aristocratiques, bourgeoises, individualistes, communistes, de masse. 
Aujourd'hui, c'est la métaphore quantique qui pourrait le mieux interpréter son état actuel. 
Commençons par l'analyser avec le modèle de la théorie  ondulatoire-corpusculaire de la lumière. Cette contradiction reconnue dans la compréhension de la lumière, longuement débattue, contre-intuitive par rapport à notre tradition aristotélicienne et que seule la mécanique quantique permettrait d'accepter, trouve aisément son application métaphorique dans l'analyse de la société actuelle, à la fois atomisée (individualiste, identitaire) et mondiale, gérée par des ondes que sont les courants d'opinions, les imaginaires collectifs, les croyances écologique, pacifiste, hyperhumaniste, les pressions économiques consuméristes auxquelles nous sommes chacun individuellement soumis et qui nous gèrent comme des bancs de poissons ou des nuages d'oiseaux. 
Nous sommes tout à la fois, du moins dans les sociétés occidentales, des individus sourcilleux de défendre nos autonomies individuelles, nos différences (corpuscules) et intégrés dans les ondes puissantes des médias de masse. Nous sommes à la fois dans les médias sociaux émetteurs et récepteurs d'informations. Bien sûr, en dehors de l'Occident, dans les sociétés collectivistes, notamment chinoise, il est clair que la théorie sociale est beaucoup plus ondulatoire que corpusculaire. 
Reprenant les concepts de la mécanique quantique, nous dirons que nous sommes à la fois des particules autonomes et intégrées, enracinées et nomades, dans des états imbriqués avec les autres particules, en résonances mutuelles ou intrication, en superposition, vibration, délocalisation et localisation. Au niveau psychologique, pris dans nos différents rôles sociaux, homme, femme, père, mère, fille, fils, voisin, citoyen, professionnel, vacancier, consommateur,  vendeur, acheteur, nous sommes  enchevêtrés simultanément dans des postures différentes, voire contradictoires. Nous sommes à la fois de la matière et de l'énergie, stables et mouvants, pris dans un multivers aux paramètres discordants, en disruption et tout autant intégrateur. 
Il en résulte que la métaphore quantique nous semble désormais décrire avec beaucoup plus de pertinence réaliste la dynamique, voie le vortex qui nous entraîne au-delà de nos instincts immédiats et sécuritaires de localisation ou d'enracinement et de nos zones stables de confort. 
Nous sommes au-delà de la pensée en arabesque englobante que j'avais opposée à la linéarité causale. Les figures se sont brisées, les énergies sont devenues  disruptives. Les intrications s'imposent au-delà de nos consciences individuelles et nous bousculent. 
C'est donc désormais ce vocabulaire presque classique aujourd'hui de la mécanique quantique qui s'impose aux sciences humaines et sociales et remplace les anciennes catégories stables de la sociologie de Durkheim et Mauss. 
Nous devrions réfléchir davantage à ce que serait une épistémologie quantique, non seulement en physique, dans notre rapport au monde, notre Weltanschaung, mais aussi dans notre rapport à la société et même à nous-mêmes, dans les consciences individuelles que nous avons chacun de nous-mêmes. 
En d'autres termes, ceux de la mythanalyse, nous sommes conduits à admettre que la mécanique quantique, une fabulation nouvelle, mais assez réaliste pour être instituée dans le monde scientifique, dont les concepts relèvent originellement de la métaphysique et de la poésie, nous tient lieu de discours scientifique, épistémologique, avec une pertinence (efficacité) reconnue, sans que nous puissions intuitivement l'appréhender. L'atome même, cette conquête de la recherche scientifique  encore matériel et donc rassurant, semble s'être évaporé  aujourd'hui dans la fabulation physique nouvelle qui s'impose à nous. 
L'art sociologique, qui interroge les rapports entre l'art et les idéologies et structures sociales, ne saurait ignorer cette évolution, se doit d'en explorer le nouvel état de la société et d'en questionner les représentations mythiques et les valeurs. 
Hervé Fischer