2015-03-26

L'homme numérique


Variations 2000-2014

Je suis un autre avait déjà affirmé Rimbaud, un autre qui m'échappe, car je n'ai aucune conscience de mon être en soi, mais je me vois comme un autre parmi les autres qui m'identifient. Je me regarde être, en dehors de moi, qui est là - Da-seinêtre là, disait Heidegger -  me projetant dans le monde, jadis analogique, aujourd'hui numérique. Et mon image change avec les époques du miroir social

2015-03-19

Le mirage numérique


À bicyclette dans le cybermonde, acrylique sur toile, 122 x 181 cm, 2012

Le numérique ? Le numérisme en 2D, en 3D ! En IMAX ? Immersif ! Interactif ! Mais ne serait-ce pas un nouveau mirage, comme l’oasis pour le Bédouin qui l’aperçoit du haut de son chameau dans les dunes sèches ? Et pourquoi croyons-nous tant à son illusion ? Par rapport au réel qui s’identifie au présent, la nouveauté qu’incarne le futur est-elle une panacée ? Il est permis d’en douter. Je trouve plus d'analyses pertinentes et approfondies dans les "vieux" journaux et magazines que dans l'internet qui mise sur l'événementiel et l’émotion. Je passe quotidiennement autant d’heures le nez dans des livres que sur mon écran. Car pour prendre le temps de réfléchir, de comprendre, il ne suffit pas de se faire remplir comme un pichet au robinet numérique qui coule à flots. Qui a dit qu’il faut penser vite pour penser bien ? C’est Bill Gates, un vendeur de logiciels.
Certes, je ne circule plus en ville à cheval, mais je prends le métro. Je n’écris plus avec une machine à écrire ; mais deviendrai-il désuet de marcher ou de lire un livre ? De consulter une revue spécialisée, de fermer sa télévision et de regarder la nature ? Faut-il consentir à se laisser hypnotiser par l’agitation vibrionnante du numérique ? Se laisser aspirer par une société écranique qui se déréalise encore plus que la « société du spectacle » que dénonçaient Guy Debord et l’Internationale situationniste ? Le numérique n’est pas sans vertus évidentes, qui deviennent même incontournables. Mais pourquoi nous piège-t-il comme une drogue ? Pourquoi crée-t-il chez chacun de nous, même les plus autonomes et les plus lucides, un tel excès de dépendance ? Pourquoi lui accordons-nous une place centrale dans nos vies ? Pourquoi en faire un parti pris si exclusif qui transforme sa puissance en défaut -  je veux dire un manque d’attention envers la réalité, un divertissement par rapport aux expériences existentielles intenses ?
Certes, les nouveaux médias sont imbattables pour la vitesse et pour les « utilités », mais la lenteur des vieux médias, la lenteur de l’esprit demeurent absolument nécessaires.

Croyons-nous encore que les mirages sont des apparitions du réel ? Pas de réalité : pas de mirages. Le Bédouin déchante en voyant reculer à l’horizon le mirage.  Ce n’est que dans l’oasis réel qu’il pourra se rafraîchir et se reposer pour de vrai. Le virtuel nous annonce-t-il la réalité qui nous attend et fera notre bonheur ?

2015-03-16

Comment Internet affecte notre psychisme




Extraits d’un article de Pascale Senk dans Le Figaro du 16 mars 2015 -page Santé psychologie:


Le philosophe et artiste Hervé Fischer, qui signe l’un des essais les plus intéressants
du moment sur La Pensée magique du Net (Éd. François Bourin), considère lui aussi que si les jeunes sont « les plus vulnérables » à l’aliénation rendue possible par le Net, car ils mesurent leur existence à leur occurrence sur les réseaux sociaux, cela concerne aussi les adultes : « On peut avoir le sentiment qu’on a une vie sociale parce qu’on a des centaines d’amis sur le Net, ou qu’on est très actif et entreprenant parce qu’on échange sans cesse des commentaires et des informations numériques, explique-t-il. Le retour au réel est alors encore plus difficile. On vit une pseudo-réalisation de soi, virtuelle elle aussi, et la “descente” de ce nouvel “opium du peuple” peut faire très mal à ceux qui ont une existence déjà frustrante sur bien des points. »
Mais on peut aussi se demander : pourquoi un tel impact ? Pour Hervé Fischer, si Internet est aussi « addictif », c’est parce que la société « écranique » réveille nos plus grandes mythologies, dont le rêve de retourner en un seul clic à la matrice collective et de se perdre alors dans le sentiment océanique d’appartenir à la communauté humaine. « Ce qui compte, c’est d’être là, explique le philosophe. On poste un tweet et ça y est, on se sent exister. » (…)
Versants positifs de cette « nouvelle religion » ? « 24 heures sur 24, les individus de plus en plus solitaires peuvent quand ils le veulent se relier aux autres », observe Hervé Fischer. Et, tout aussi réjouissant, chacun peut gagner en « conscience augmentée », notamment en se promenant de liens en liens pour approfondir ses connaissances.

Désormais, c’est certain, grâce à la Toile, on ne pourra plus dire « qu’on ne savait pas ».

2015-03-10

Quelle société numérique voulons-nous?

Quelle société numérique voulons-nous ? Tweet art, 2015

Scanner s’il vous plait l’image et y répondre en urgence QR

What kind of digital society do we hope? Please scan the image and send a Quick Response answer

Was sollte die digitale Gesellschaft sein? Bitte scannen sie das Bild, um eine QR Antwort zu schicken
.
 ¿Qué tipo de sociedad digital deseamos ? Por favor escanea la imagen y manda une respuesta QR


我们想要什么类型的数字社会?扫描画面,立刻用二维码做出回应

2015-03-03

“Les images du numérique” Histoires et futurs des images produites par ordinateur colloque à l'ENSAD, Paris


APPEL À COMMUNICATIONS

“Les images du numérique”
Histoires et futurs des images produites par ordinateur

Colloque organisé par EnsadLab/EN-ER/Hist3D, Paris, 16 et 17 novembre 2015

Depuis 2007, date de création d’EnsadLab, les travaux du Programme de Recherche Hist3D se sont portés sur l’histoire des images de synthèse en France et de leur influence à l’échelle mondiale, influence pourtant méconnue. Un corpus important et unique s’est constitué au fil du temps avec la collecte d’archives diversifiées et la création de contenus ad hoc, notamment de nombreux témoignages des principaux acteurs de cette aventure collective. Cette histoire questionne l’actualité et les évolutions à venir des “images numériques”.

Comment les images produites par informatique ont-elles modifiées les pratiques dans les sciences et dans les humanités et comment ces dernières les font évoluer ?
Quelles conséquences ces changements ont-ils eu sur la création, l’ingénierie, la science et la diffusion des connaissances ?
Ces histoires récentes, vécues directement par la plupart des praticiens en exercice actuellement, peuvent-elles permettre de comprendre et d’anticiper les évolutions actuelles des pratiques numériques ?
Les chercheurs comme les professionnels des différents domaines concernés sont invités à partager leurs travaux et leurs expériences. Les débats pourront s’articuler autour de deux axes de réflexion :

1. Quelles histoires ?
 2. Quels futurs ?
 Modalités de participation

·         Les propositions de communication (3 000 signes environ, espaces compris) doivent être envoyées par courriel à : ensadlab.hist3d@listes.ensad.fr avant le 3 mai 2015.

·         Accompagnées d'une courte biographie du (des) auteur(s).

(Attention pas plus de 7 Mo de pièces jointes.)
La réception de chaque proposition donnera lieu à un accusé de réception par mail.

Calendrier
• 3 mai 2015 : date limite d’envoi des propositions de communication
• 30 juin 2015 : notification d’acceptation
• 16 et 17 novembre 2015 : colloque

Vous pouvez retrouver ces informations sur le site http://hist3d.fr/.

Comité scientifique
            Annick Bureaud (Leonardo/Olats)
            Chantal Duchet (IRCAV - Université Paris 3)
            Hervé Fischer (Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal)
            François Garnier (EnsadLab - École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris)
            Pierre Hénon (EnsadLab - École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris)
            Christian Jacquemin (LIMSI - Université de Paris sud)
            Emmanuel Mahé (EnsadLab - École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris)
            Roger Malina (Université du Texas)
            Gérald Péoux (IHMC/ENS-CNRS)
            Matthieu Piel (Institut Curie, Institut Pierre-Gilles de Gennes)
            Marie-Hélène Tramus (ATI - Université Paris 8)

Comité d’organisation
Cécile Welker
Pierre Hénon
Renaud Chabrier


Ce colloque est organisé avec le soutien du Labex ICCA, et le partenariat de la Fédération Internationale des Associations de multimédia, de l’Institut de recherche sur le cinéma et l'audiovisuel, Paris ACM SIGGRAPH, et la Société des Arts technologiques. 

2015-02-11

Le numérique est-il le conte de fées du XXIe siècle?




Hervé Fischer avec Dominique Boullier

C'est la question que m'a posée Hervé Gardette lors d'une entrevue au magazine d'actualité "Du Grain à moudre" de France Culture, en direct le 3 février dernier. M. Dominique Boullier a accepté de se joindre au débat qui portait sur mon livre «La pensée magique du Net» (édition François Bourin, nov 2014),
On peut retrouver l'enregistrement de cette entrevue à:

2015-01-01

La pensée magique du Net


Ma poche couine, ma main sonne, la table vibre, mon oreille résonne: ce sont les messages et les courriels, les alarmes et les tweets qui rentrent, qui me rejoignent, m’excitent, me stimulent ou me harcèlent et m’obsèdent constamment. Mon style de vie a changé depuis que j’ai un téléphone intelligent. L’âge du numérique qui émerge est plus puissant que l’âge du feu. Mais aussi plus humain. Il réactive nos mythes les plus profonds et nous aspire dans la magie de ses mondes virtuels. Face à la vieille réalité, sommes-nous des cyberprimitifs heureux? L’auteur propose une mythanalyse de nos emballements numériques et de ce qu’ils modifient en profondeur dans la société et dans nos manières de penser. Une exploration envoûtante. 

2014-12-23

La pensée magique du Net : le web océanique


(éditions François Bourin, collection Le mythologue, dirigée par Georges Lewi)

Le mythe amniotique du numérique

Nous rencontrons de nombreuses variantes du mythe aquatique originel du Web, qui se métaphorise en ruissellement, flux, cultures « liquides », et même en flots océaniques originels de la création du monde. Cette métaphore est tellement répandue qu’on parle même du numérique comme d’un déluge ou d’un tsunami qui nous emporterait.

La métaphore océanique

Nous commencerons par les rivières qui mènent à l’océan. En 2012, au Palais des congrès de Montréal, lors de la World Conference on Information Technology, l’un des grands congrès mondiaux, c’est avec une « rivière numérique » que les organisateurs ont accueilli les visiteurs. Ils invitaient même à s’y baigner leurs invités de marque, tels Carlos Slim, magnat mexicain des télécommunications qui trône au premier rang des hommes les plus riches de la planète, Justin Rattner, directeur de la technologie de l'information chez Intel, Robert Youngjohns, président de Microsoft pour l'Amérique du Nord, Don Tapscott, célèbre gourou des TI et l'animateur de télévision américain Larry King. On avait même mis des roches pour traverser cette rivière constituée d’un flux de 0 et de 1 projeté sur le sol et encadré de photographies de paysages canadiens. Et grâce à la réalité augmentée, les participants qui pointaient leur téléphone intelligent vers ces flots voyaient défiler sur leur écran des noms d'entreprises canadiennes actives en technologies de l'information.

Au-delà de la rivière l’océan numérique est infini. Nous découvrons dans ce nouvel imaginaire le mythe de l’eau et même de ce que les Égyptiens appelaient « l’océan primordial ». Avant la création divine régnait le chaos. Les océans étaient déchaînés. Les dieux mirent de l’ordre dans les flots.  Le numérique réactive les flots mythiques de l’origine du monde.