2009-10-03

C'est la consommation qui fait tourner la Terre


Ce furent les démons et les dieux, le sexe, l'instinct de puissance et l'instinct de destruction, mais aujourd'hui, c'est la consommation qui fait tourner la Terre. Tout se consomme, le sexe comme la bouffe. La consommation détruit son dû. La logique de la technologie a rejoint au point de s'y fondre, la logique de la consommation. Elle s'autodétruit. Le progrès se canibalise. Le temps se consomme, se consume. La vie se consomme, la mort se consume. Consommer, consumer se confondent. Les distances, les nouveautés, l'information, les nouvelles, les journaux télévisés se canibalisent. Un jour chasse l'autre, une seconde chasse l'autre. Un clou chasse l'autre. Un homme ou une femme chasse l'autre. Et on ne peut cesser de recommencer. La culture elle-même est devenue une industrie de consommation. On consomme, on épuise, la terre, l'air, l'eau, la nature, les liens de famille et d'amour, les idées, les philosophies, les musiques, les grands et les petits plaisirs, la beauté, la laideur, les émotions, les esthétiques, les mouvements artistiques, les croyances, comme la glace à la crème. Les champions de la grande simplicité, les méditations de nos grands sages, comme les feuilles printanières des arbres, ont leurs saisons éphémères. La vitesse est désormais venue s'en mêler et accélère ce processus de digestion excrétion. Le vidéoclip, emblématique de notre temps, n'a ni angoisse, ni ulcères. Il se contente de succéder. Succéder suffit désormais. Succéder suffit à remplir l'existence. Succéder à quoi? À ce qui précède et qui n'est plus. Succéder à l'abolition. Au vide distrayant des impressions chaotiques précédentes. La consommation est devenue aussi toxique que vitale. Et le numérique n'en est qu'à ses débuts. Il est peut-être en passe de devenir le grand ogre cosmique de notre temps. Le mythe couvait sous la cendre de l'Âge du feu. Il se réveille et secoue ses membres et sa machoire. Allons-nous savoir écrire l'algorithme de la consommation? Et celui de son contrepoison? La consommation est-elle le principe fondamental de l'univers et de la vie? Nul doute que je consomme ma propre énergie et ma chaleur jusqu'au seuil de la mort. Consommerons-nous jusqu'à extinction l'énergie solaire? Et l'univers son énergie noire? Jusqu'à l'apocalypse biblique? Toute création est-elle grande consommatrice de cette énergie? Les experts ne nous disent-ils pas, en pleine récession, que c'est en relançant la consommation que nous allons faire redémarrer l'économie? Entropie, néguentropie? Consommateurs obsédés, allons-nous faire tourner la planète toujours plus vite sur elle-même, comme un chien qui essaie d'attrapper sa queue pour la mordre? Le numérique est le grand accélérateur cosmique de notre civilisation quantitative. Jusqu'au vertige ? Jusqu'à retomber par terre, hébétés?
Nous n'avons pas encore conscience de notre dépendance à la présomption numérique. Au moment d'écrire cette conclusion qui ressemble plutôt à une question, je sonde le brouillard d'automne au-delà de ma fenêtre, mêlé aux feuillages rouges et dorés de ma campagne, et je retrouve la sérénité du cycle pérenne des saisons. Même sans prêter foi au temps cyclique des cultures primitives, ni davantage au propos flou de Nietzsche sur ce genre de nostalgie, je me questionne: à l'âge du numérique, malgré nos six milliards et demi d'être humains, n'est-ce pas devenu un archaïsme, une incongruité, une aberration de devoir encore et toujours retourner la terre pour survivre? Allons-nous la retourner comme des fous?
Hervé Fischer

1 commentaire:

Claude Poitevin a dit...

J ai écouté récemment, Martin Lessard, Michel Cartier, Jean-Claude Guédon, Hervé Fischer, Philippe Leroux et Karl Dubost lors de l'émission Citoyen Numérique de Michel Dumais à CIBL c était le jeudi 10 septembre 2009 de 13h30 à 14h30 à la radio. Depuis,j ai placé une alerte google sur Hervé Fisher, puisque le personnage m'intéressait, déjà, bien malgré moi, d ailleurs. J' étais resté en effet, sur une mauvaise impression, que m avait laissé il y a plusieurs mois, la lecture assez rapide, de sa 'Mythanalyse du futur' ouvrage disponible sur le Web.

Mais je dois avouer que son approche philosophique, quoique toujours imprégné de la méthode psychanalytique - et ceci est assez particulier, notons le bien, du point de vue de la liberté, surtout en art - n est pas si dénué de sens finalement. Et qu il y a une certaine lucidité dans ce regards, si c en est un, sur les êtres et les choses , les phénomènes aussi, comme celui du numérique évidemment, de notre temps. Si bien que je ne peu plus douter de l'honnêteté ni même du courage de cet auteur aussi prolifique qu'actuel, un 'volontariste', semble t'il, qui se fait très présent sur la scène montréalaise et ailleurs. Et ce travail là n' est certainement pas de trop,

À vrai dire , je le trouve très utile, aussi désespérante soit-elle, à ma propre réflexion, -que puis-je demander de plus- , sur notre époque. Et il n est pas bête ni faux du tout, de se questionner comme cet auteur le fait, loin de là. Et assez pertinent même, il faut le reconnaitre, de relier comme il le fait le monde de la consommation à celui du cannibalisme antropophagique de nos sociétés dites modernes ou post-moderne qui n en finit plus de se recroquevillé sur ses propres vices et contradictions. Nous faut il pour cela nous contenter des lumières que nous fourni la compréhension du grand Mythe Universel de l Inconscient, selon Freud je ne le crois pas.

Pas plus que la religion elle même, la psychanalyse, ni le surréalisme primaire, ne peut nous aider à comprendre de quoi sera fait ces nouveaux horizons, que le numérique nous annonce. Cela me parait évident. Mais alors quoi?...