L'âge du numérique

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2009-12-16

Pathologie cellulaire


Que ce soit à Beijing, à Rome, à Buenos Aires ou à New York, on observe que l'espèce humaine est en mutation. On dénote même deux variantes principales, celle des individus qui parlent fort tout seul, tout en vaquant à leurs activités usuelles, et celle de ceux qui ont systématiquement une main collée sur l'oreille opposée, tout en monologuant eux-aussi avec eux-mêmes. Les uns comme les autres ont l'air soucieux, les épaules crispées, les vertèbres un peu tordues. Ils font de la peine à voir et semblent prendre des risques en marchant vite sans prêter attention aux obstacles. Plusieurs ont été renversés par des voitures, comme s'ils n'avaient pas conscience de traverser des rues. Est-ce un nouveau virus? En tout cas une pandémie mondiale qui a gagné toutes les populations urbaines. Même réunis en petites groupes, ou assis dans un restaurant, ces individus semblent ignorer leurs proches. Sont-ils autistes? Les yeux agités, ils font des gestes incohérents, notamment des bras. Cela s'appelle la "pathologie cellulaire", du nom du masque miniature portable, dit parfois cellulaire, dont ils semblent se munir pour se protéger du mal, et qu'ils sont manifestement contraints de porter régulièrement à leurs oreilles. Est-ce une infection des oreilles ou du cerveau? Ou de la gorge? Parfois ils se collent le masque sur la bouche.
L'ethnologue, que je suis devenu malgré moi, tant la chose est intrigante, a observé aussi beaucoup d'individus prostrés près d'un arrêt d'autobus, le regard fixé sur l'écran lumineux de leur masque, qu'ils tiennent constamment dans leur main, comme s'ils en attendaient un signal pour se protéger. Manifestement aucun signal ne vient. On en voit alors qui appuient hystériquement sur les touches minuscules du clavier dont l'objet est muni, ou qui passent le plat du doigt sur l'écran, et le caressent dans un sens ou dans l'autre, à la recherche d'on ne sait quelle indication.
Hommes, femmes, adolescents, tous sont atteints du mal. Et la pandémie augmente sans cesse, sans qu'on ait été capable d'identifier le virus, ni de développer une vaccination ou un remède, malgré la multiplication des kiosques et petites boutiques qui affichent les enseignes de la maladie et des masques qu'offrent différentes marques, dans tous les lieux publics. Plusieurs, sans doute plus atteints, portent d'ailleurs à demeure une prothèse sur l'oreille, avec ou sans câble relié à leur veste.
Seules les populations rurales semblent moins atteintes. Il faudrait donc rechercher la cause du mal, comme pour le cancer, dans la pollution de l'air ou l'intensité des champs magnétiques et des radiofréquences des zones urbaines. D'ailleurs le mal est intense dans les aéroports où ils sont nombreux à porter leur masque cellulaire sur leurs oreilles. Et dès l'atterrissage de leur avion, sans même attendre l'autorisation que le chef d'équipage est obligé de leur donner, on les voit tous sortir leur masque cellulaire de leur poche, à juste titre, certainement, car le mal les reprend dès que l'avion approche des bâtiments.
Quelques enquêtes sont occasionnellement publiées, qui font état d'hypothèses et de résultats contradictoires. Chose certaine, les individus sont atteints de plus en plus jeunes. Sans cet objet, ils ont pourtant tous l'air normal, ce qui incite à penser que le masque est un remède qui fait plus de mal que de bien. On l'interdit d'ailleurs en voiture, pour des raisons de sécurité publique.
Hervé Fischer

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