2011-10-31

La boue


Quel est le contraire absolu du numérique? La terre, la boue, celle-d'ici bas, qui pèse vers le bas, qui colle aux semelles, qui est le contraire de l'esprit, mais dans laquelle l'être humain est né et retournera.
Pourtant le numérique numérise aussi toute matière, même la plus triviale, la plus dénuée de toute valeur. Et la terre a pris aussi une majuscule. Elle est notre précieux vaisseau spatial. Le silicium en vient, et tous les métaux rares de nos technologies numériques, même les "terres rares". Même la divergence naît de la terre, ce 2 qui nous conduira ailleurs.

2011-10-27

Code binaire


Qui aurait pu imaginer que notre cosmogonie allait se fonder au XXIe siècle sur l'adoption du code binaire!
Mais attention. La suite dépendra de l'accident ou évènement qui viendra inévitablement le faire diverger, qui introduira un scénario inédit. La divergence, c'est la création.

"Evènement", peinture acrylique sur toile, 1999.

2011-10-26

gamification - ludification


Dans la vraie vie? Ou dans le monde virtuel? La ludification est-elle un nouveau concept anthropologique? Voire métaphysique? La vie comme volonté de jeu dirait le Schopenhauer d'aujourd'hui? Tout un débat, intéressant, mais biaisé à la base. Car il est difficile d'inclure la souffrance, l'exploitation, la violence, l'inégalité dans ce concept global de jeu. Vraiment? La malchance ne fait-elle pas partie de ce sombre tableau et n'est-elle pas au coeur du concept de jeu? De même que la compétition, la triche, la possibilité de gagner ou de perdre? Le capitalisme, l'entreprenariat ne sont-ils pas des jeux?
Ce sont les gagnants qui parlent volontiers de gamification. Les perdants soulignent plutôt la dureté du combat de la vie.
La mode actuelle du jeu vidéo, incluant désormais le "serious game", le jeu éducatif, thérapeutique, de simulation technique, le jeu de la vraie guerre, la spéculation boursière, voire la physique quantique, etc. est devenue un incontournable pour l'anthropologue. Nous voilà plongés dans une cosmogonie ludique, où dieu joue au billard avec les galaxies.

2011-10-25

L'ordination de l'ordinateur


Loin du clavier, dans la vie réelle. En français chrétien: Loin de l'église, ici-bas. En anglais: afk,irl, Away from keyboard,in real life.
Aux yeux de plusieurs, la vie virtuelle cannibalise tellement la vie réelle, que le numérique crée une hybridité entre le réel et le virtuel, une "réalité augmentée" ou une hyperréalité. Lorsqu'on communique par internet, voire même dans la "vraie vie", il faut donc parfois préciser de quoi l'on parle. Faute de quoi il peut y avoir confusion et faux débat. Ici, dans ma forêt des Laurentides, ce genre de distinction va d'évidence. Mais lorsque je suis en ville, dans l'environnement branché, il est significatif que cette précaution s'impose pour échanger des idées, voire commenter des faits. Nous retrouvons les illusions perceptives et les erreurs de la caverne platonicienne. Le numérique est un nouvel avatar de l'idéalisme platonicien. Et il appelle aux mêmes sophismes, aux mêmes dérapages de la pensée, aux mêmes effets pervers qui aboutissent aussi à une sorte de religion, de fondamentalisme numérique, de dépendance et d'aliénation. A l'âge du numérique, nous tendons à célébrer le numérique comme des paroissiens d'église, comme les hommes prièrent le Soleil à l'âge du feu et lui construisirent des temples. La pensée matérialiste demeure toujours un défi, un effort fragile de la pensée, une conquête délicieuse et libératrice, mais ignorée de la plupart des hommes.
L'ordinateur réunit ses initiés comme on ordonne les prêtres dans les églises.
Les clochers d'églises symbolisent la communication que nous croyons établir avec le ciel, avec un dieu. Les coupoles de télévision aussi semblent tournées vers le ciel, mais ne mettent en communication que des hommes ici-bas. De même, le cloud computer ou nuagisme informatique, l'internet et les réseaux numériques n'établissent de liens qu'entre les hommes. La caverne platonicienne n'existe pas. Pas davantage que le ciel des idées pures. Pas davantage que les êtres numériques.Le numérique se transforme sous nos yeux, de notre vivant, en temps réel, dvr, ldc en mythe, qui redécline et actualise le mythe déiste. Lui aussi avec ses bons et ses mauvais effets. Protégeons-nous des prosélytes du numérique. Gardons notre fascination critique.

2011-10-13

Satosphère Montréal

Ce 12 octobre la Satosphère de la Société des arts technologiques de Montréal a fait l’évènement en s'ouvrant au public avec un spectacle performance exceptionnel en première mondiale. Je n'avais encore jamais vu de salle hémisphérique de projection cinématographique technologiquement aussi performante. Avec 18m de diamètre et 15m de hauteur, elle offre la possibilité d'une projection circulaire immersive sans couture en trois dimensions qui met Montréal une fois de plus sur la carte des villes innovantes en cinéma. Il faut saluer le travail de la directrice de la SAT, Monique Savoie, et de Luc Courchesne qui a inspiré ce projet par le travail d'artiste vidéo et en projection hémisphérique qui l'a fait connaître internationalement depuis des années.
La satosphère constitue un outil multimédia exceptionnel qui va attirer à coup sûr de nombreux créateurs de par le monde; et on aimerait y voir aussi Robert Lepage. Le spectacle d'inauguration, intitulé "intérieur", une création de kondition pluriel, animée par Marie-Claude Poulin et Martin Kusch, confrontait une imagerie visuelle très techno à une performance humaine très physique, fragile, désenchantée et émotive. Le spectacle était agrémentée d'une expérience gustative aussi sensuelle qu'inattendue, due au Foodlab de la SAT. Voilà une oeuvre d'art numérique très convaincante.
Et ce n'est qu'un début: on nous annonce déjà Six mil antennas, une autre première mondiale, cette fois de Johnny Ranger.

2011-10-12

Nature numérique


Notre connaissance de la nature est devenue technoscientifique donc numérique; notre conscience aussi. La nature, qui était robuste, plus forte que nous, est devenue fragile. Nous la menaçons. Ce qui est d'autant plus menaçant que nous avons désormais pleinement conscience d'en faire partie, sans échappatoire. Nous développons un nouveau romantisme pour la nature, émotif, inquiet, voire tragique. C'est le paradoxe de la technologie numérique que de nous mettre dans des états émotifs.

2011-10-11

Gutenberg versus McLuhan et Steve Jobs


Pourquoi Marshall McLuhan a-t-il annoncé la fin de l'ère Gutenberg avec un gros livre imprimé (et il a récidivé avec plusieurs autres livres)? Pourquoi Steve Jobs a-t-il décidé d'écrire un livre "pour ses enfants" avant de mourir, alors qu'il avait dénoncé les liseuses, notamment le Kindle d'Amazon.com, en affirmant que bientôt plus personne n'allait lire de livres? Un paradoxe? Une contradiction inconsciente? En fait, le livre s'impose et se diffuse plus que jamais, notamment du fait d'une ergonomie imbattable et d'une sorte de pérennité qu'il semble promettre et garantir beaucoup mieux que les technologies numériques.

2011-10-10

technosentimentality


McLuhan a souligné que les médias sont une nouvelle nature. Nos émotions y palpitent intensément.