2012-12-24

Cyber Père Noël


Aucun tweet du Père Noël. Pourtant il est très actuel et actif ce soir 24 décembre. A-t-il signé un contrat d'exclusivité avec Facebook?
Autre surprise: il n'est plus rouge, mais bleu.

2012-12-20

Virtu-réalité


Nous ne pouvons plus opposer le réel et le virtuel comme à un irréel. Le virtuel devient souvent plus réel que la réalité pour celui qui navigue dans la satin cathodique. Le virtuel transforme le réel; le réel soutient le virtuel et y explore ses potentialités. Émotionnellement le virtuel a un impact profond sur notre relation au monde. Le réel et le virtuel sont tricotés serrés.

2012-12-19

8e Sommet mondial internet et multimédia de la FIAM à Fuzhou (Chine)


Le 8e Sommet mondial internet et multimédia de la FIAM à Fuzhou (Chine) a permis aux partenaires de la FIAM de partager des échanges très fructueux entre une cinquantaine de conférenciers des cinq continents et un auditoire chinois proactif.



Après Fuzhou, une délégation de la FIAM s'est rendue à Tianjin. Ici avec M. Gu, Yunbiao, vice-président du district de Nankai, M. Ren Xuefeng, vice-maire de Nankin, M. Li Ping, 1er vice-président et CEO de la FIAM (Canada), M. Aleksey Zharkov, vice-directeur de l'OPORA-IT (Russie) et M. Gutavo Madrigal de Morpho-TV (Costa-Rica)

2012-12-17

Les 13 étonnés demandent au gouvernement du Québec un Plan numérique

Conférence de presse à la SAT, Montréal, 22 novembre 2012.

Le numérique n'est pas un problème de plus à résoudre, mais une solution. Il est une priorité stratégique pour le Québec.

2012-12-16

Les colonisés du numérique


Si le Québec ne reprend pas l'initiative dans le domaine du numérique, après neuf ans de sommeil du gouvernement libéral dans ce domaine, nous serons au Québec les colonisés du numérique, sous la domination de nos puissants voisins anglosaxons, qui, eux, nous ne cessent d'innover dans leurs développements en technologies, contenus et services en ligne. Alors que le Québec veut défendre et promouvoir sa langue, son identité, sa culture et son économie, c'est de plus en plus en anglais que nous habitons le web. 

2012-12-12

8e Sommet mondial internet et multimédia à Fuzhou, Chine


Le 8e Sommet internet et multimédia organisé par la Fédération internationale des associations de multimédia à Fuzhou, Chine, s'est tenu du 26 au 30 novembre dernier. Il a aussi été la 1ère conférence mondiale sur l'économie créative organisée en Chine. Une cinquantaine de conférenciers des cinq continents y ont pris la parole sur des sujets aussi actuels que l'innovation et la croissance économique, le cinéma numérique, les nouveaux styles de vie émergeant à l'Âge du numérique, les industries du jeu vidéo et du divertissement, les différentes dimensions de l'externalisation (outsourcing). L’évènement avait le support du CCPIT (Centre chinois de promotion du commerce extérieur, le ministère chinois de la culture, l'Administration publique de la radio,  du film et de la télévision, le gouvernement populaire de la province de Fujian, la ville de Fuzhou, plusieurs agences des Nations Unies, dont le Programme ECOSOC de développement économique et social, l'UNCTAD, l'UNDP, l'OMPI, l'Organisation internationale de la Francophonie, l'Union internationale des télécommunications. On trouvera le programme complet, les noms des conférenciers et des partenaires internationaux de la FIAM sur le site www.fiam.org.
L’évènement a rencontré un très grand succès, tant public que professionnel. Il a été suivi par une visite officielle de la délégation de la FIAM à la ville de Tianjin.

M. Francisco Simplicio, chef de l'office de coopération Sud-Sud de l'UNDP rencontre M. Gu, maire du district de Nankai à Tianjin en présence de M. Ping Li, Vice-président et CEO de la FIAM le 29 novenbre 2012.

2012-11-18

Paysages numériques


Exposition Nouveau naturalisme à la Galerie ECI, 32 av Matignon, Paris, novembre 2012- février 2013

La nature est devenue numérique, globale, savante, politique. En fausses couleurs.

2012-11-05

2012-11-04

Nouveau naturalisme




La nature était hantée par les esprits, célébrée et redoutée, elle a été romantique, puis trivialement matière première, aujourd'hui elle est numérique. C'est le fondement du nouveau naturalisme. Il faut répéter cette évidence, que peu de gens perçoivent.

2012-10-13

Le numérique existenciel et la souffrance

Les médias rapportent et commentent abondamment le suicide en Colombie britannique d'une adolescente. Le journal Metro de Montréal en parle ainsi: Une jeune fille de 15 ans, de Coquitlam, en Colombie-Britannique, s’est enlevée la vie quelques semaines après avoir mis en ligne sur YouTube une vidéo expliquant qu’elle était victime d’intimidation. La GRC de Maple Ridge a confirmé qu’elle avait été avertie mercredi soir du décès d’Amanda Todd, étudiante en 10e année, mais n’a pas fourni de détails supplémentaires. Dans la vidéo mise en ligne le 7 septembre, Amanda Todd décrivait ses expériences, en mettant l’accent sur deux incidents. Le premier concernait un homme non identifié qui utilisait des scènes tournées par cybercaméra et dans lesquelles elle exposait ses seins nus lorsqu’elle était en septième année. Un an plus tard, l’homme avait fait circuler ces images sur Internet après avoir tenté de la faire chanter. Après avoir changé d’école, Amanda a de nouveau été victime d’intimidation et même de violence physique.
Ce triste exemple est terriblement révélateur des effets pervers possibles - et fréquents - du numérique sur la vie des adolescents.  Cette jeune fille avait manifestement développé le projet d'exister sur le web. Elle y présentait des vidéos, des photos; et l'une de ces photos qui la montrait peu vêtue, semble-t-il, circulait avec des commentaires sur le web. Elle avait investi son désir existentiel dans le monde virtuel; elle voulait y être célèbre et elle n'a pas été capable d'assumer psychologiquement l'intensité de cette existence. Plusieurs font l'hypothèse que son suicide même a  été pour elle un moyen qu'elle a choisi pour atteindre cette célébrité. Malheureusement elle y est parvenue. L'enquête nous éclairera sans doute sur ses motivations. Elle a voulu construire sa personnalité dans le numérique et le résultat est catastrophique. Cet exemple mérite une analyse approfondie de la dépendance au numérique, des processus de socialisation qu'il constitue, mais aussi de la perte du principe de réalité qu'il provoque et de ses effets pervers. On ne saurait sous-estimer la gravité de la souffrance existentielle qu'il révèle et que le numérique a manifestement exacerbé.

2012-10-12

Les couleurs pures dématérialisent


L'affichage numérique use et abuse des fausses couleurs. Ces couleurs saturées, lorsqu'elles sont signalétiques ou dans le commerce lient les hommes au social et au convivial. En dehors de ces systèmes structurés et structurants, elles séparent, elles cassent les liens. C'est ce qu'avaient compris les peintre fauvistes qui étaient d'ailleurs pour la plupart des anarchistes. La couleur pure autonomise l'objet. Elle est autonome. Ce sont les variantes de la couleur locale, les demi teintes réalistes qui lient les objets d'un paysage dans une lumière englobante. Le chromatisme fait éclater l'espace.
La couleur pure est là pour elle-même. Elle vole la vedette à l'objet ou à la personne qu'elle recouvre. Elle le vide de son contenu. Elle le rend abstrait. Elle l'identifie comme un marquage. Elle sert aussi à la gestion. Elle rejoint les modalités d'affichage du numérique.

2012-10-08

La couleur se numérise

 La couleur se numérise selon ses nuances les plus fines, comme tout. Comme tout ce qui existe? Nos perceptions se numérisent? On peut numériser nos pensées, nos états d'âme les plus subtils? Certainement. Il suffit que cela nous intéresse de les numériser. Que cela nous soit utile et mérite l'effort que cela exigera. Ces numérisations seront-elles vraies? Oui et non. Elles seront instrumentalement efficaces. C'est peut-être d'ailleurs la seule vérité qui nous soit accessible.

2012-10-07

Synapses et numérisme


Peut-être pourrait-on dire que le code de la vie à quatre lettres fonctionne de façon comparable au numérisme binaire. Il est infiniment plus complexe, mais nous tentons aussi d'augmenter les options du code binaire, avec la mécanique quantique, notamment. Et chaque cellule vivante compose des acides aminés selon des séries chimiques et électriques combinables à l'infini pour produire les processus physiologiques.
Doit-on penser que nous tendons à généraliser la même structure, aujourd'hui numérique, à toute pensée, quel qu'en soit le domaine d'application? Ou peut-on prétendre que nous désignons ainsi la structure combinatoire fondamentale de la nature? Nous sommes tentés de le croire, mais au vu des métaphores successives auxquelles nous avons recouru par le passé pour décrire avec conviction la providence, les affinités, les organes, puis les mécanismes de la nature, il y a lieu de se méfier énormément de ce mode de pensée dominante actuelle que j'appelle le numérisme.

2012-10-05

Nous numérisons le cerveau



Afficher en fausses couleurs notre activité mentale. Le cerveau n'est pas un ordinateur (il est tellement plus complexe qu'il est d'une autre nature). Mais nous le numérisons de plus en plus.

2012-10-04

Le monde en couleurs


Nous ajoutons de la couleur partout. Nous multiplions les effets de couleur. Vendre, signaler, euphoriser.
(Peinture numérique)

2012-10-03

Nous colorons l'image du monde en fausses couleurs


Le souci de la "couleur locale"  qui caractérisait la peinture classique et le souci de respecter des variations réaliste de valeur en fonction de l'éclairage sont d'un autre temps. Nous avons même découvert que le noir et blanc qui a dominé la photographie, le cinéma et la télévision pendant des années, était tout sauf "réaliste". Il est devenu à nos yeux un summum de l'artifice et de l'art, par rapport auquel la photo et le cinéma en couleur ont même eu du mal à s'imposer. Nous les jugions vulgaires dans les années 1950-1970. Nous colorons aujourd'hui nos chefs d'oeuvre du cinéma noir et blanc. Nous colorons notre environnement, notre alimentation, nos médicaments, nous surcolorons nos cartes postales. Nous saturons notre image du monde, rivalisant avec les peintres fauvistes du début du XXe siècle. Mais cette chromatisation n'est plus une provocation anarchiste. Elle s'est institutionnalisée. Elle est devenue l'expression banale, ordinaire, signalétique de notre société numérique et de consommation. Nous sommes immergés dans une euphorisation perceptive. Pour bien des raisons, parmi lesquelles on ne saurait sous-estimer la marchandisation de nos démocraties, ni le besoin vitaliste de compenser nos sombres anxiétés face aux bouleversements qui nous  surplombent.

2012-10-02

Numérique et vie privée: l'aliénation

Les banques de données numériques des médias sociaux, Youtube, Facebook, Twitter, Linked In, etc. dessinent le portrait de chacun de nous, nos comportements, nos jardins secrets, accumulant les détails à notre insu. Des open data pour les utilisateurs malicieux, auxquelles nous-mêmes n'avons pas même accès.
Il n'y a guère de vie privée dans le cyberespace. Toute législation spécifique pour la protéger est un défi, d'autant plus que cette aliénation se répand dans une insouciance générale. Le réveil sera chaque fois cauchemardesque.

2012-10-01

Images du futur


Une photo de l'entrée du Vieux Port de Montréal où se tenait l'exposition Images du futur organisée par la Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal à partir de 1986. Ici, Images du Futur 1990. On montait l'escalier à droite du Marché aux puces, pour se rendre au bout du quai dans l'ancien terminal maritime du Vieux Port (5000 m2).

2012-09-30

Peinture numérique

Le pixel est une matière, tout autant que le pigment du tube de peinture à l'huile ou acrylique, tout autant que le pigment de gouache ou d'aquarelle. Il est même moins fluide. Il tache tout autant l'écran que le pigment la toile ou le papier. Il se répand aussi. Il faut souvent nettoyer.
C'est l'expérience que j'en ai.
Et peindre avec des pixels évoque aussi pour moi la pratique de la gravure si linoléum. Avec la gousse, on enlève de la matière. Avec le gomme cathodique, on enlève les pixels. La trace est la même, le geste très semblable. Avec cette différence qu'on peut annuler un geste dont on n'est pas satisfait, et même remettre de la matière.
Cette peinture cathodique est l'exemple même des beaux-arts numériques sur lesquels j'insiste si souvent. Avec le numérique, je peux explorer, chercher, substituer, esquisser plus facilement et plus vite. Je peux choisir mes couleurs, dessiner avec une bonne boîte à outils et une large palette. Et je peux reproduire et diffuser à tout moment en ligne. Mais l'inconvénient, c'est l'éphémérité. Lorsque une peinture numérique est achevée, j'aime donc la reprendre à la peinture sur toile, pour lui donner une chance de perdurer. Mais aussi, parce que cette reprise devient aussi immédiatement une recréation, à une autre échelle, avec des couleurs en tubes différentes, et que cette reprise me conduit toujours ailleurs sur d'autres options créatrices.
Ci-dessus un livre bigarré comme une crème glacée. Un travail en cours, stocké sur mon disque dur.

Le prix unique au Québec pour les livres numériques aussi

L’urgence d’adopter au Québec le prix unique des livres. La preuve est faite que c’est très bénéfique pour les petites librairies dans les autres pays qui ont adopté cette législation (depuis 1981 en France: 30 ans déjà!). Nous avons absolument besoin de cette politique du prix unique au Québec. Je ne sais pas si nous pourrions la généraliser pour les versions numériques des livres; il est nécessaire de se pencher sur cette problématique et chercher une solution, pour que la compétition soit équitable entre nos éditeurs québécois et les Amazon.com de ce monde qui tentent de prendre des positions hégémoniques.

2012-09-28

La pixelisation de notre image du monde


Le pixel est de la matière chromatique. Il est partout dans la numérisation de tout. Le monde est en couleurs, en couleurs chromo saturées, en colorants artificiels. Kitsch.
Le kitsch d'une société numérique de consommation.

2012-09-27

Terre 2.0



Notre planète se numérise. En anglais, une langue toujours plus rapide que les autres à forger des mots synthétiques des évolutions humaines, on parle depuis quelques années déjà de e-earth. Un mot que se sont appropriées aussi des ONG internationales convaincues des nouveaux enjeux qui sont liés à cette émergence accélérée de notre révolution anthropologique.
Nous tendons tous à prendre notre place dans ce cyberespace, cet espace de gouvernance, selon l’étymologie, que nous soyons des individus, des institutions, des entreprises ou des nations. Les outils sont de plus en plus nombreux et accessibles: sites web, blogs, médias sociaux de toutes natures. Le cyberespace terrestre est devenu un espace d'existence et d'affirmation individuelle, collective, commerciale, professionnelle, culturelle, religieuse, artistique; un espace de conciliation et de dialogue, mais aussi de compétition, de malfaisance et de guerre. Un espace interactif qui pulse globalement et localement.
Un espace où le Québec doit impérativement prendre sa place. Un espace plus important pour le rayonnement international du Québec que des ambassades (que nous n'avons pas le droit d'ouvrir).

2012-09-26

Québec 2.0



Ci-après mon article paru dans la page Idées du journal Le Devoir du 24 septembre 2012:


Le réveil du numérique québécois

Hervé Fischer - Auteur de plusieurs livres sur le numérique chez VLB éditeur  24 septembre 2012  Médias
Alors que Bernard Landry, dès leur émergence, avait compris l’importance décisive des nouvelles technologies numériques pour le développement du Québec, les gouvernements successifs menés par Jean Charest les ont systématiquement négligées. Pire, sous le faux prétexte néolibéral d’en finir avec la politique interventionniste de l’État, pourtant indispensable dans un secteur naissant d’innovation stratégique, ou par partisanerie politique, ils ont mis fin aux mesures incitatives, qui avaient présidé au lancement de la Cité du multimédia et au développement de nombreuses petites et moyennes entreprises de création de technologies, de services et de contenus multimédias.

Bernard Landry avait su attirer la société Ubisoft en 1998 et avait créé ainsi la dynamique qui a fait de Montréal une capitale mondiale des jeux vidéo. Les gouvernements Charest n’ont pas même dépensé pour les infrastructures numériques les modestes budgets annoncés, ce qui a nui notamment au développement économique de nos régions éloignées.

Le financement du médialab québécois Hexagram a été aboli. Le Québec, qui était un pionnier du développement numérique et s’apprêtait à en tirer un avantage majeur dans toutes ses activités industrielles, commerciales, éducatives, culturelles et touristiques, a pris pendant l’époque Charest un retard inquiétant.

Nous avons dépensé des milliards dans l’informatisation des services en santé publique sans succès. Nous en sommes revenus aux mines et aux ressources naturelles, alors que la recherche technoscientifique et la nouvelle économie dépendent de plus en plus directement de l’avantage numérique.

Des dossiers urgents

Il a fallu à beaucoup d’entre nous une conviction aussi forte que légitime pour survivre à cette traversée du désert de neuf ans et maintenir le cap. Nous avons encore des forces et des expertises remarquables, mais il est grand temps que l’État québécois reprenne l’initiative numérique dont dépend notre avenir. Les dossiers à traiter sont nombreux et urgents.

Les infrastructures d’abord, car nos réseaux nécessitent des investissements basiques en sécurité, haute vitesse et largeur de bande à l’échelle du Québec et en priorité pour les régions éloignées. Il nous faut nous réapproprier nos outils numériques, notamment dans le domaine des communications, sous peine d’aliéner notre propre marché intérieur aux mains des groupes étrangers. Il faut aussi soutenir les petites entreprises de multimédia, innovatrices et créatrices d’emploi. L’éducation, notamment au secondaire et dans les collèges, nécessite une politique de développement de contenus pédagogiques de qualité et de formation des enseignants.

Les universités ont un rôle majeur à jouer en recherche et développement. Notre situation de minorité dans l’ensemble anglo-saxon nord-américain exige que nous développions notre langue et notre culture identitaire en ligne, sous peine de subir l’impact numérique et l’uniformisation de la puissance linguistique et culturelle de nos voisins.

L’essor du tourisme dépendra de plus en plus de la qualité de nos outils numériques promotionnels et de services. Notre gouvernance en ligne permettra à l’État québécois de gagner beaucoup d’efficacité tout en réduisant ses coûts de gestion. Un accès ouvert aux données administratives (« gouvernement ouvert ») dans plusieurs domaines nous aidera à lutter plus efficacement contre la corruption.

Le numérique, c’est aussi un symbole générationnel, qui stimule l’esprit d’innovation et de création, de plain-pied avec la culture des nouvelles générations. Et c’est un outil d’intégration démocratique et d’égalité sociale, dont nous ne pouvons pas nous priver. Nous avons un nouveau gouvernement, capable de relancer la vision stratégique que nous avions il y a dix ans, mais qui a été malencontreusement interrompue par neuf années d’un pesant sommeil.

2012-09-21

Le pixel ice cream



Nous serions dans une société de l'information. Mais aussi dans la société de l'image. Des images que leur profusion, leurs supports numériques et leur mouvement incessant banalisent, ou même détruisent. Serions-nous alors dans une société "post-image" (comme on a dit "post-historique" ou  "post-nationale") ? Est-ce pensable? Et la question fondamentale revient alors nous hanter plus que jamais : L'art pour quoi faire?  
Comment échapper au cycle production, consommation, destruction de l'image? Faut-il sauver l'image? Comment? Pourquoi? Pour qui?  Ou faut-il la remplacer? Par quoi? Pourquoi? Pour qui? Où et Quand sommes-nous dans l'évolution de l'espèce humaine? 

2012-09-16

Youtube


Youtube arme de paix? Ou de destruction? La loi qui s'y applique dépend de chaque pays, mais Youtube traverse toutes les frontières. La législation qui s'appliquera au cyberespace n'est pas concevable.

2012-09-15

Youtube mortel


Youtube aide à la démocratie contre les tyrans, mais peut aussi mettre le feu aux poudres, attiser l'intégrisme primaire et la guerre fanatique. C'est ce que nous démontre ce vidéo provocateur intitulé
L'innocence des musulmans et mis sur Youtube en ce mois de septembre..

2012-09-13

Fauvisme digital

Les fausses couleurs de nos écrans cathodiques, couleurs saturées, primaires, néoprimitivisme chromatique, rappelant les vitraux des églises gothiques? Ou plutôt un fauvisme chromatique de 1905 (Matisse, Derain, Vlaminck), qui n'en appelle plus à la révolte contre l'académisme bourgeois et à l'anarchisme, mais un fauvisme bonbon, celui de la publicité et de l'imagerie scientifique, emblématique de la société de consommation et de l'euphorisation artificielle de notre époque.
(Ici une déclinaison chromatique de l'Antarctique, présentée lors de la 4a Conferencia de Buenos Aires sobre arte y cultura de la Antartida, septembre 2012)

2012-09-09

Fausses couleurs

Chromatisme cathodique. La nature s'affiche sur nos écrans. Ici l'Antarctique dans une conscience écologique.

2012-09-08

Croissant de Terre


Croissant de Terre, côté de l'Antarctique. Interprétation digitale dans une nouvelle cosmogonie alternative.

2012-08-19

Intimité et nudité numériques




Ce corps numérique appelle à l’intimité. Il évacue les pudeurs. Après tout, au paradis, on n’a plus rien à cacher, comme dans les camps naturistes – c’était le cas du paradis terrestre -; mais ici-bas, la loi interdit de se déambuler nu dans la rue. Alors pourquoi la tendance actuelle est-elle de se dévoiler sans retenue dans l’espace public des médias sociaux, voire d’y devenir exhibitionniste? Et pourquoi ces anges innocents donnent-ils la clé et le code d’entrée de leur maison aux voleurs. Cette euphorie numérique risque de tourner à l’amertume du cauchemar si une législation réaliste ne lui est pas opposée. Il faut croire que la nouvelle génération des adolescents se croit au paradis terrestre réactivé.
Y-a-t- il encore un peu d'intimité dans le cyberespace? Je ne le crois pas. Tout est enregistré et retraçable. La webcam se charge avec Google de compléter cette transparence du cybermonde qu'on appelle l'information, le panopticon, l'objectivité. On ne peut plus nier cette puissance du numérique, ni dans son aspect positif, ni dans l'effet pervers des médias sociaux auxquels on se confie dans l'intimité et qui s'étale ensuite sur les écrans. Voilà bien aussi l'erreur de ceux qui croient que leurs courriels demeurent privés grâce à un mot de passe, alors que Google les indexe pour vous aider à les gérer et que Facebook vous garantit la pérennité de tout ce que vous lui confiez, même si vous vous déinscrivez.
Pas plus d'ombre dans le cybermonde que dans la peinture primitive : tous les logiciels sont véristes. Même dans les abîmes insondables sous le surf de l'internaute, même dans les profondeurs du web que le commun des mortels ne voit pas, les projecteurs des spécialistes éclairent comme en plein jour.
L’ingénuité de nos adolescents nous apparaît aussi comme un symptôme criant du désir  de cette solidarité tribale originelle que nos sociétés de masse semblent avoir détruite. Seul un profond sentiment de solitude peut inciter des jeunes et maintenant des citoyens de tous âges à aller mettre sur une plateforme publique d’échanges toutes sortes d’informations personnelles au vu de tous et sur lesquelles ils perdent contractuellement tout contrôle.
Et le numérique appelle aussi au débordement de la sexualité. La pornographie est devenue un must du cyberespace. Nous savons tous qu’il existe une virtualité rose, qui est devenue plus que réelle : obscène. Plus réaliste que la réalité, avec ses exploitations, ses prédateurs, ses victimes, ses scandales de pédophilie. Avec ses zooms et ses pénétrations. De vraie chair, de débauche, de perversité et de secrétions des acteurs et des victimes qui y sont exhibés. Anatomique comme sur une table d’opération. Rose comme l'intimité des organes. Rose dans une lumière froide, bleutée du numérique.

2012-08-16

La chute de Facebook


En 2010, j'ai annoncé le déclin prévisible de Facebook, ici dans ce blog, mais aussi dans des journaux, tels que Libération en France et Le Devoir au Québec. Aujourd'hui 16 août, moins de trois mois après son lancement en bourse le 18 mai, Facebook a déjà perdu la moitié de sa valeur. Il est coté en dessous de 20$, alors qu'il avait atteint près de 40$ lors de son lancement.
Site poubelle, sans valeur technologique ajoutée, hors la loi, il est contraint depuis peu par la Federal Commission of Trade à respecter la loi sur la protection de la vie privée et à se soumettre régulièrement à des audits de contrôle. Il perd ainsi une grande partie de sa dynamique commerciale, alors qu'il tire plus de 80% de ses revenus de la publicité. Son élan est ainsi brisé et sa chute se poursuivra inéluctablement, laissant la place libre à d'autres médias sociaux de meilleur aloi.

Le pansimulacre du réel



Beaucoup dénoncent l’hégémonie de l’économie dans le monde actuel. Mais ce constat vaut aussi pour l’informatique, qui, d’ailleurs, domine aussi l’économie, aujourd’hui dématérialisée. À elles deux, l’informatique et l’économie ont conquis la planète Terre, comme une déesse-mère pluripotente à deux têtes. Elles sont pour nous tout à la fois maternelles et anonymes, omniprésentes et lointaines, visibles et occultes comme toutes les divinités que l’on prie et que l’on redoute tout à la fois. Et elles ont toutes deux leurs prosélytes, leurs intégristes, comme toutes les religions qui tentent de nous imposer leur vérité totalitaire. Le vendredi était traditionnellement "jour maigre". On faisait pénitence. Maintenant, le vendredi, on rend gorge. Le calendrier financier a pris la relève du religieux. Certes, heureusement, tous les vendredis ne sont pas noirs, ni les lundis non plus. Mais la Bourse rythme le quotidien de nos sociétés. Quel étrange phénomène anthropologique que cette nouvelle religion de l'argent, dont le Vatican est aujourd’hui à New-York et sera demain à Hong-Kong.
Mais le numérique va encore plus loin dans son hégémonie, que l’économie qui se limite à une vision quantitative de la planète Terre. Le numérique nous impose peu à peu un simulacre extensif, diversifié et total de l'univers. Un pansimulacre survalorisé par rapport au réel, parce qu’il nous semble plus vrai (précis, informatif, interprétatif),  plus instrumental (contrôlable et efficace), infiniment grand, petit, et détaillé, illusionniste (trompe l'œil), séducteur, excitant et immersif. Mais aussi un pansimulacre trompeur, parce qu’il se présente à nous comme une technoscience mathématique et donc objective, anonyme et universelle, et cache d’autant mieux derrière l’illusionnisme de son apesanteur sociologique, les redoutables mécanismes de pouvoir symbolique du capitalisme et le cynisme des exploitations et des crises très réelles qu’il déchaîne. Nous vivons aujourd’hui dans un monde tout à la fois trivial et hallucinatoire, tant les rationalisations de détail déshumanisées d’un imaginaire exalté nous surplombent. Jusqu'où irons-nous en ce sens? Plutôt que de coloniser la Lune ou Mars, migrons-nous aujourd’hui dans une redoutable matrice virtuelle?
Nous avons mis en scène le triomphe de CyberProméthée dans un livre précédent.  Nous avons souligné le caractère prométhéen de notre aventure humaine, rappelant que ce titan rebelle avait dérobé le feu de Zeus pour nous le donner et nous permettre d’accéder à la conscience et de transformer le monde à notre image. Mais en célébrant aujourd’hui le culte de l’économisme et du numérique, on peut se demander si nous n’avons pas succombé à une nouvelle aliénation.  Avons-nous défié Zeus, Dieu le père pour tomber sous la coupe d’une déesse-mère à deux têtes ? Le mythe est puissant et nous allons en évoquer plusieurs facettes. Mais non sans en dénoncer  l'abus de mots et de fièvre numérique. Les algorithmes binaires  ne sont que des instruments conçus pour agir sur notre environnement. Il ne faut pas prendre l’outil pour la matière et l’énergie, qui demeurent infiniment plus complexes, obscurs et opaques, résistant à nos désirs et projets et finalement plus réelles que le numérique, même dans toute son enflure mythique et les dérives frénétiques de l’économie imaginaire qu’il a créée et encensée.

2012-08-13

Cyberprimitifs




Après l’âge du feu, voici venir l’âge du numérique, dont l’émergence, la nouveauté radicale, puis l’accélération stupéfiante ont été un choc. Médias, technoscience, écologie, biologie, structures sociales, politique, économie,  éducation, médecine, culture : rien n’y échappe, tant à l’échelle mondiale que dans le détail de nos vies individuelles. Avec le tournant du millénaire, le monde réel a basculé dans le virtuel. L’économie imaginaire a entraîné l’économie réelle avec elle dans une crise mondiale dévastatrice. La bioinformatique déchiffre et manipule audacieusement nos gênes. L’astrophysique n’affiche plus sur nos écrans que des fichiers numériques. La mécanique quantique et les nanotechnologies sont devenues fabulatoires. Les nouvelles générations s’évadent dans les médias sociaux avec le sentiment d’y accéder à une existence plus réelle que ce qu’on appelle encore la réalité.
Cette opposition entre le monde d’ici-bas que nous dévalorisons et celui d’en haut que nous survalorisons a une histoire, on pourrait dire des hauts et des bas. Le monde animiste, qu’on a appelé « primitif » était d’une seule pièce. Les hommes faisaient partie de la nature dont ils célébraient les esprits. Cette unité a été déchirée par Platon, qui nous voyait ici-bas dans la pénombre d’une caverne, enchaînés par des simulacres et des ombres trompeuses, sans pouvoir nous retourner vers la pure lumière de la vraie réalité qui resplendissait dans le ciel des idées, que seul le sage voyait. Le christianisme a renforcé cette opposition, qualifiant de vallée des douleurs et de péché la terre d’ici-bas et glorifiant la lumière pure de Dieu pour nous inviter à nous tourner vers le ciel.
Puis, cette curieuse topologie a été inversée par les hommes de la Renaissance qui ont substitué la trilogie de l’humanisme, du rationalisme et du réalisme d’ici-bas à celle du Dieu du ciel incarnant le vrai, le bien et le beau.  Revalorisant la vie terrestre et contestant la théologie de l’Église, on a dénoncé de plus en plus l’obscurantisme du Moyen-âge. La science expérimentale nous libérés de la superstition et s’est affairée à représenter et explorer la réalité matérielle d’ici-bas.
Mais après avoir bâti pendant cinq siècles, un réalisme qui semblait répondre à nos exigences rationnelles et humanistes, c’est la science elle-même qui a décrédibilisé ce  réalisme si difficilement conquis. Elle n’y croit plus. Elle a abandonné l’observation matérielle et l’instrumentation optique et opté pour la modélisation numérique. Elle s’est rapprochée de l’imaginaire de la science fiction et explore des hypothèses de plus en plus idéelles. Elle s’est dématérialisée et flirte avec les chimères. Avec l’émergence de l’âge du numérique, notre cosmogonie s’inverse encore une fois. Nous revenons à  une sorte d’idéalisme platonicien. Nous dévalorisons  à nouveau la réalité d’ici-bas, ce monde trivial de nos sens, pauvre en informations, qui n’intéresse plus la science, tournée désormais vers l’exploration des complexités invisibles qu’elle modélise numériquement. Nous le dévalorisons aussi parce qu’il nous résiste, nous déçoit et nous frustre dans nos désirs, en comparaison de l’ailleurs numérique des réseaux sociaux où nous avons le sentiment d’accéder à une existence plus reconnue, plus gratifiante, plus réelle.
Nos sociétés humaines actuelles ont délaissé la métaphore de l’énergie et adopté celle de l’information. Notre science n’interprète plus l’univers avec des concepts thermodynamiques de chaleur et d’énergie, mais avec le code binaire des algorithmes que nous programmons.  L’homme du numérique ne frotte plus deux cailloux pour faire jaillir une étincelle et allumer un feu. Il a en main un silex intelligent dont jaillit l’information. Avec  cet ordinateur miniaturisé, il téléphone, il se connecte à l’internet, gère et joue. En un mot, nous sommes passés de l’âge du feu à l’âge du numérique.
Étions-nous à ce point blasé de la grande épopée de l’énergie, du vent, de l’eau, du feu, du soleil, de l’électricité, du nucléaire ? Comment cette révolution anthropologique a-t-elle pu être tout à la fois si douce, si subite et si puissante ? Notre évolution humaine, une fois de plus, a basculé vers de nouvelles idées, de nouveaux projets, de nouvelles aventures. Nous migrons vers un ailleurs virtuel. L’Âge du numérique met un terme à la crise de la postmodernité et ouvre la voie à une nouvelle aventure de l’humanité, sous le signe de la divergence et de la création, avec les enjeux fabuleux, les excitations et les risques qu’implique cette liberté. Mais ce qui explique le succès quasi immédiat du numérique, c’est qu’il réactive en fait nos mythes les plus archaïques et répond à notre irrépressible fascination pour la pensée magique. Nous sommes devenus des cyberprimitifs.

2012-08-12

De la tragédie grecque à la violence des jeux vidéo




Nous sommes de plus en plus anxieux pour l’avenir. Bien des signes sont préoccupants, pour celui qui regarde autour de lui les bouleversements structurels, tels que le bouleversement climatique, la violence du capitalisme néolibéral, la persistance de la crise financière, le chômage parfois extrême, les migrations et les scandaleuses inégalités humaines, les famines, la corruption généralisée dans une immense majorité de pays, mais aussi les turbulences événementielles qui en résultent inévitablement, les révoltes arabes, la montée en puissance des intégrismes, le terrorisme qui resurgit constamment. Mais il ne suffit pas d’observer ces flux tumultueux de destruction. Nous sommes aussi dangereusement étrangers à nous-mêmes dans notre propre technoculture. Que pouvons-nous faire ? Rejeter notre sentiment d’impuissance face à ces tragédies. Il faut choisir nos valeurs et décider, car aucun progrès, ni aucune fatalité ne sont des automatismes. L’Histoire ne le fera pas à notre place.
Les jeux vidéo d’extrême violence et les films de science-fiction et qui envahissent nos écrans reflètent nos inquiétudes et les dangers réels de notre époque.  Il ne faut pas les sous-estimer : c’est dans le passé que nous cherchons l’imagination du futur et ce sont des déclinaisons des tragédies grecques anciennes, au goût technoscientifique du jour. Ils continuent à nous assurer la même catharsis de l’horreur qui est toujours en nous. Comme il est étrange que nous nous soyons crus modernes, nous qui avons survécus à des guerres mondiales et à des shoahs ! La puissance du numérique réactive tant d’instincts compulsifs dans la psyché humaine, que notre imaginaire numérique n’est pas futuriste, comme on pourrait s’y attendre, mais régressivement archaïque.  Quel est donc l’algorithme de ces immenses pulsions de violence qui circulent dans les mass médias ? Serons-nous capables de nous sauver de nous-mêmes et de nouvelles destructions ? De nous libérer de nous-mêmes, de la répétition de ce catastrophisme pour construire des visions alternatives ? 

2012-08-11

la nouvelle Cyber



Nous embarquons tous pour cette nouvelle Cyber mythique. Autochtones et immigrants y cohabitent sereinement, mais sans s’y croiser. Les immigrants envoient encore des courriels traditionnels à leurs familles. Les jeunes surfent fébrilement sur les plateformes des médias sociaux et chattent sur leurs écrans de cellulaires; ils s’agitent sur Twitter, Youtube, Facebook, Google + et autres. Ils téléchargent de la musique et des films et suivent les nouvelles de leurs tribus. Ils remuent frénétiquement les consoles des jeux. Ils font des photos et des vidéos avec leurs portables et les envoient tous azimuts. L’ancienne génération navigue sur Google plus calmement; elle y cherche ses destinations de vacances et réserve des gites chez l’habitant. Elle y consulte la météo, les infos médicales, les soins pour les chats et les chiens. Elle y gère ses comptes de banques et autres utilités qui demandent de l’attention. Elle magazine dans les boutiques virtuelles et hésite entre une liseuse et une tablette électroniques. Progressivement, les diverses générations d’internautes établissent leurs quartiers respectifs, dans la fébrilité du centre ville, dans les agglomérations de banlieue, ou au contact de la nature en campagne, avec une totale insouciance de la rapidité du temps numérique qui les illumine et les efface sur les écrans à un rythme impitoyable, comme les lucioles sur une lampe. On voit passer dans le ciel étoilé des multitudes d’oiseaux bleus, puis les lumières de Tokyo-Ginza. Il y a déjà plusieurs planètes dans le cybermonde, les plus anciennes et les cyberpunks. Sur Ginza, la différence s'estompe entre le réel et le virtuel. Le numérique s'impose à nos sens, et ce sont les parcs et les temples qui semblent devenir irréels.

2012-08-10

Vibration numérique en temps réel




Plus de 5000 tweets par seconde lors de la capture de Bin Laden, plus de 12000 t/s lors du Super Bowl. Pour dire quoi d'intéressant? D'original? Ce ne sont que des frémissements numériques à la surface de la Terre, des e-vibrations du corps social planétaire qui a la chair de poule ou une petite excitation.
Les twitteurs aiment se brancher sur le flux planétaire et se sentir portés par la vague. Un petit coup de talon sur la planche à surfer. L’instantanéité du clic et l’ubiquité numérique sont au diapason de nos nerfs et de nos anxiétés.
Il est très significatif que nous tendions de plus en plus à vouloir interagir sur le web en temps réel. Des enquêtes montrent que l’usage des courriels serait en recul. Les nouvelles générations s’en détourneraient à cause du temps différé des échanges de courriel. Elles veulent l’immédiateté de réaction du cybercorps numérique dans lequel elles fusionnent et qui est l’interlocuteur direct que l’internaute veut rejoindre plus encore que le destinataire nominal. Comme si le cyberespace devait avoir une conscience immédiate de lui-même, de ses pulsions et vibrations, de ses membres, de ses pensées, et de ses gestes et que nous sétion s une parcelle de cette conscience. Possédés par cette sensation, aspirant à en être partie prenante, nous cherchons même quoi dire qui pourrait permettre de cliquer. Le contenu du message demeure secondaire, une sorte de prétexte, mais qui doit nous donner bonne figure. Et c’est précisément cette immédiateté qu’offre Facebook. Tous y clavardent en temps quasi vertical avec leurs amis, de façon spontanée, sans avoir même à suivre la procédure d’envoi d’un courriel, sans avoir à se languir pour attendre la réponse qui confirmera notre existence. Ce temps réel, c’est celui de la vie, celui d’un corps vivant, qui ne saurait être fragmenté, dispersé, éclaté, distendu dans l’espace et le temps. Par l’instantanéité il annule les distances qui séparent ses membres, il les agglutine en corps serré, dense. Il est un, hyperactif, entièrement et immédiatement transducteur de tous les signaux vitaux qu’il échange simultanément à tout instant avec toutes ses cellules.

2012-07-23

Le ruissellement numérique



Nous rencontrons de nombreuses variantes du mythe aquatique originel du web, qui se métaphorise en ruissellement, flux, cultures numériques « liquides », et même en flots océaniques originels de la création du monde. Nous sommes dans le numérique comme des poissons dans l'eau, tantôt chaude, tantôt froide, tantôt polluée, tantôt cristalline, tantôt poisseuse, tantôt nourricière, tantôt agitée, tantôt sereine, qui peut geler ou s'évaporer. Et nous-mêmes, les poissons, nous y sommes nombreux et divers, gros et petits, solitaires ou grégaires, prédateurs ou victimes, bigarrés ou invisibles, beaux et laids, rapides ou lents, ludiques ou immobiles, lubriques ou apathiques, lisses ou hérissés, intelligents ou stupides, vieux sages ou ingénu fretin. Et nous nous côtoyons sans toujours respecter les bonnes mœurs, calculateurs, compétitifs, agressifs, pervers, sentimentaux, ambitieux, vaniteux ou distants. Mais tous, nous tentons d'y survivre et d'y trouver notre pitance, ou nous rêvons d'eau paradisiaque, équitable, utopique, frôlant le désir sans cesse sans pouvoir l’attraper. L'eau numérique n'est pas de l'eau bénite. Elle est vite obscure en profondeur.
Nous usons souvent de métaphores aquatiques pour évoquer le surf sur la toile océanique, ou les profondeurs du web caché. Nous naviguons sur l’internet. Nous piratons des fichiers. Il est vrai que les flux numériques sont envahissants et puissants. Comme l’eau, ils se répandent, inondent le réel, traversent les frontières, et fécondent même les dunes de sable des Émirats arabes unis, où numéraire et numérique fusionnent dans des cités du multimédia innovatrices.
En 2012, au Palais des congrès de Montréal, lors de la WCIT (World Conference on Information Technology), l’un des grands congrès mondiaux sur les technologies de l'information, c’est avec une « rivière numérique » que les organisateurs ont accueilli les visiteurs et invité à s’y baigner leurs invités de marque, tels Carlos Slim, magnat mexicain des télécommunications qui trône au premier rang des hommes les plus riches de la planète, Justin Rattner, directeur de la technologie de l'information chez Intel, Robert Youngjohns, président de Microsoft pour l'Amérique du Nord, Don Tapscott, célèbre gourou des TI et l'animateur de télévision américain Larry King.   On avait même mis des roches pour traverser cette rivière constituée d’un flot de 0 et de 1 projetés sur le sol et encadrés de photographies de paysages canadiens. Et grâce à la réalité augmentée, les participants qui pointaient leur téléphone intelligent vers cette rivière voyaient défiler sur leur écran des noms d'entreprises canadiennes actives en technologies de l'information.
Les flots de pixels bigarrés qui coulent sans cesse des robinets de la communication nous submergent quotidiennement. Je ne parlerai pas encore d’un déluge, mais nous sommes confrontés à un ruissellement numérique incessant, qui ramollit le réel, ou l’entraîne, et nous avec lui, vers des deltas incertains. Je ne pense pas ici seulement aux médias de masse, mais aussi aux arts dits numériques, dont les images ont désormais la fluidité insaisissable d’un fleuve qui nous noie. Nous ne pouvons plus même y naviguer et nous y orienter. Ces flots d’images interchangeables, transparentes, qui se mêlent comme les masses d’eau d’un torrent impétueux, perdent souvent toute existence réelle et tournent vertigineusement, indistinctement dans les siphons cathodiques de nos écrans.
Le mouvement et la vitesse détruisent les images. Nous ne sommes plus dans la société de l’image, mais dans celle des flots chromatiques. Il suffit de tenter de suivre du regard l’histoire et les images d’un vidéo clip, pour prendre conscience de notre impuissance face à ce débordement stochastique de pixels. Guimauve numérique? Chaos irisé? En tout cas, plus d’image. Le rythme les cannibalise, et c’est leur seul message, car les flux cannibalisent le sens, et nous avec elles, si nous n’y prenons garde, dans un massage émotif qui frise l’obscurantisme.
L’interactivité éventuelle que des artistes multimédia leur imposent ne fait qu’ajouter au divertissement ou à la performance d’effets spéciaux écraniques ou rétiniens qu’il est vain de vouloir ralentir, ordonner ou interpréter.
Je suis de ceux qui résistent et suggèrent de redécouvrir les vertus iconiques de l’arrêt sur image. Je ne suis pas prêt à renoncer à l’image au nom de la vitesse. Face au flot chaotique des impressions que captent nos sens, la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, notre cerveau a appris au cours des millénaires à distinguer des formes, les séparer du fond confus dans le quel elles circulent, à les construire, les structurer, les catégoriser, les lire et leur donner un sens. Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas seulement d’ordre culturel. C’est un comportement biologique, que nous partageons avec les animaux, et sans lequel nous ne pourrions survivre. Les expériences avec les champignons hallucinatoires que décrit Aldous Huxley nous le confirment. Nous allons devoir apprendre à nouveau, face au ruissellement d’octets, à faire émerger un cosmos lisible, un ordre et un sens de ce chaos numérique. C’est précisément le rôle des artistes. Ainsi, le monde numérique, en ce stade primitif, se présente à nous comme une nouvelle et fascinante aventure. Mais l’art n’est pas celui qu’on croit. Ou, en d’autres termes, après avoir détruit l’image, les artistes vont devoir la reconstruire. Après nous avoir plongé dans la confusion chaotique du multimédia, les artistes vont devoir réinventer le système iconique des beaux-arts! Car la culture est devenue liquide et le robinet ne ferme plus. 

2012-07-21

le clapotis du web




Les flux et les reflux du web, les reflets des écrans liquides, le va et vient quotidien des messages, des images, des fichiers, qui y flottent comme des bouchons qu’on retrouve d’une fois à l’autre près de la rive, ce petit bruit régulier des alarmes, le clapotis cathodique sur les rochers du monde réel, le rythme des jours, des matins et des soirs sur l’horizon bleuté, les objets surprenants qu’on y trouve ou qui s’échouent sur la plage, les lignes de pêche qu’on y lance, assis sur un tabouret Google, en variant les hameçons et les appâts pour attirer les gros poissons, le brouhaha des autres vacanciers de la station balnéaire, tout cela a un air de vacances au bord de mer, qui me rappelle la Bretagne de mon enfance.
Le mouvement coloré des baigneurs, des voiles qui évoluent, des plus gros bateaux qui passent au lare, offre un divertissement agréable et sans fatigue, toujours le même et toujours renouvelé. Et quand le clapotis durcit avec les marées, agité par des vagues plus profondes, il fait remonter à la surface des algues ou des coquillages plus intéressants. Mais dans l’ensemble, le clapotis du web est d’une régularité apaisante. Le soir, généralement le vent tombe et la surface de l’écran devient lisse et plate comme un miroir, effaçant toute profondeur, toute trace de vie.
Au cours de ces longues heures passées quotidiennement au bord de l’eau, je me sens toujours en vacance, tantôt pêcheur, tantôt crabe, tantôt mollusque, tantôt baigneur, tantôt voyeur, tantôt surfeur, tantôt plongeur dans le bleu et l’écume de cet écran qui reflète le monde sans en laisser voir le fond.

2012-07-20

Une Atlantide liquide




Les précieux dossiers, les idées géniales, les images créatrices que nous confions au clapotis du web, ont une espérance de vie fragile. Leur vieillissement prématuré est flagrant. Le cybermonde est plein d’épaves qui flottent à la dérive sur les réseaux numériques. Et l’océan du cybermonde engloutit dans ses cimetières marins et ses gouffres abyssaux les sites web à peine nés, dont on perd déjà la mémoire. Les années se succèdent au rythme des seuls printemps. Se mêlent à ces milliards de pages Web disparues à jamais, d’autres milliards de courriels, de textos, de photos numériques, de données, d’archives, qui ne laisseront pas le moindre fossile pour la postérité dans les sédiments du web. Les arts numériques des années 1980, 1990, 2000, 2006, 7, 8 ne sont déjà plus que des fantômes d’eux-mêmes, des descriptions, des articles de revues, des vidéos, quelques photos d’écrans ou d’installations difficilement recensés et sans commune mesure avec les œuvres qu'ils évoquent. Le cybermonde est plein de continents perdus. Un nouvel Atlantide y disparaît au fur et à mesure qu’il se forme par simple renouvellement constant des vagues de 1 et de 0, sans faire plus de bruit que le clapotis de l’eau, sans même que des big crushs soient nécessaires pour hâter son effondrement liquide.
C’est un paradoxe bien étrange que ce rythme de disparition constante du cybermonde, dont l’horizon avance devant nos voiles, sans que nous puissions regarder en arrière, comme dans le mythe d'Orphée. Et s’il existe une Méduse du cybermonde, elle ne pétrifie pas les aventuriers qui regardent le passé, mais les liquéfie à jamais. Les archéologues futurs qui fouilleront les dépotoirs d'aujourd'hui en quête d’une culture glorieuse et innovatrice du passé y découvriront des couches de sédimentation informatique de plus en plus fines comme un feuilleté de plastiques et de métaux lourds comprimés, mais aucun contenu. L’archéologie du numérique s’annonce comme une tâche impossible.